Mozambique: vaincre les jihadistes militairement pas suffisant

AFRICA RADIO

10 février 2022 à 16h21 par AFP

Les succès militaires contre les groupes armés jihadistes qui terrorisent le nord-est du Mozambique depuis plus de quatre ans ne suffiront pas à mettre fin à ce conflit qui a fait plus de 800.000 déplacés, met en garde jeudi International Crisis Group (ICG).

Depuis juillet, le Rwanda et les pays voisins d'Afrique australe ont déployé plus de 3.000 soldats dans cette région pauvre, à majorité musulmane, frontalière avec la Tanzanie. "En peu de temps, les soldats ont démantelé toutes les principales bases des jihadistes et se sont emparés d'importantes zones qu'ils détenaient autrefois", souligne ICG dans un rapport, rappelant que les forces rwandaises ont sécurisé la péninsule d'Afungi, où le groupe Total a investi dans un projet gazier de plusieurs milliards de dollars, et repris le port stratégique de Mocímboa da Praia. Ce soutien a permis de "réduire" les groupes armés qui "pour autant continuent de déstabiliser des poches de territoire et s'étendent vers la province voisine de Niassa et en Tanzanie", souligne ce rapport du groupe de réflexion. Si ces forces étrangères ont permis de "récupérer des bouts de territoire pas négligeables", alors que des dons humanitaires soulagent la population locale, "ces remèdes seuls ont peu de chances de résoudre un conflit né de griefs locaux", met en garde l'ICG, qui a mené de très nombreux entretiens sur le terrain. Si ces griefs "ne sont pas traités, l'insurrection persistera comme source d'insécurité régionale", prévient le groupe de réflexion, qui milite pour trouver des solutions au conflit. Parmi eux, la découverte d'immenses gisements de gaz naturel et de rubis dans la région qui n'ont jamais bénéficié aux locaux, poussant une jeunesse désenchantée dans les bras des rebelles, selon Dino Mahtani, l'un des rédacteurs du rapport, qui décrit le Cabo Delgado comme un "creuset" de facteurs économiques et sociaux nourrissant le jihadisme. En attendant, les groupes armés, affaiblis, ne sont pas prêts de disparaître, prévient l'ICG. "Beaucoup de combattants se sont simplement fondus dans la population civile, attendant le bon moment pour se remobiliser. De petits groupes continuent de mener des attaques (...) et pourraient facilement rebondir si les forces étrangères se retirent soudainement".