Afrique du Sud: la police déployée dans une mine après des heurts meurtriers

14 août 2012 à 15h21 par La rédaction


JOHANNESBURG (AFP) - (AFP)

La police était déployée en force mardi dans une mine de platine en Afrique du Sud, où des heurts ont fait neuf morts depuis dimanche, mettant en lumière les violentes tensions entre syndicats qui s'opposent sur les revendications et les méthodes de lutte.

Les forces de l'ordre --lourdement armées-- et des hélicoptères de la police ont été déployés en force sur le site de la mine de Marikana, près de Rustenburg (nord-ouest), gérée par le troisième producteur mondial de platine Lonmin.

La chaîne d'information eNews a également rapporté qu'un camion militaire était entré mardi matin sur le carreau de la mine.

Depuis dimanche, les violences ont fait neuf morts parmi les employés, selon un bilan donné par le porte-parole de la police, Dennis Adriao.

Lors d'un affrontement lundi entre mineurs et policiers qui tentaient de rétablir l'ordre, trois hommes ont été abattus par balles -- selon la police qui a invoqué la légitime défense-- et deux gardiens de la paix lynchés.Il n'y a pas eu d'interpellations.

Durant le week-end, deux gardes de sécurité ont péri lorsqu'une bombe incendiaire a été jetée sur leur voiture et deux autres mineurs ont été tués: le premier abattu alors qu'il se rendait au travail et le second déchiqueté à coups de machette dans son dortoir.

Un calme précaire était revenu mardi.

A Marikana, Lonmin a regretté mardi "la grave explosion de violence".

"La production a été gravement perturbée depuis le vendredi 10 août à la suite d'une grève illégale des foreurs et de l'augmentation des cas de violence et d'intimidation", a déploré le groupe dans un communiqué.

"La production est arrêtée.La situation est très tendue (...) Si les gens ne se sentent pas en sécurité, ils n'iront pas au travail", a indiqué pour sa part à l'AFP Tanya Chakanza, responsable des relations investisseurs de Lonmin.

L'action Lonmin perdait 4,39% mardi à 13H10 GMT à la Bourse de Londres.

Des violences meurtrières entre syndicats depuis des années

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Les mines sud-africaines ont déjà connu à plusieurs reprises des affrontements meurtriers dans le passé, généralement lorsque des travailleurs appartenant à certains syndicats ont refusé de suivre les appels à la grève lancés par d'autres, ou ont refusé de mettre fin à des mouvements.

Deux travailleurs avaient été tués en février dans une mine appartenant à Impala Platinum, également à proximité de Rustenburg, pendant une longue grève qui a obligé la mine à fermer ses portes pendant plusieurs semaines.

Mais les violences à Marikana, opposant la puissante Union nationale des mineurs (NUM) et le petit syndicat AMCU, qui regroupe des employés des mines et du BTP, sont parmi les plus violentes de ces dernières années.

L'AMCU est le fruit d'une dissidence de la NUM et a recruté en promettant de négocier d'énormes augmentations salariales, visiblement irréalistes.Sa campagne de recrutement a été décrite par de nombreux mineurs et responsables syndicaux comme frôlant souvent l'intimidation.

Le syndicat n'était pas joignable mardi pour commenter ces allégations.

Selon les observateurs, ces querelles violentes reflètent les luttes de pouvoir qui minent le Congrès national africain (ANC), le parti dominant en Afrique du Sud.

"Il y a un conflit naissant entre les syndicats sud-africains, il y a des luttes de pouvoir entre les dirigeants des syndicats.Les divisions à la tête de l'ANC sont maintenant reflétées par les divisions au sein des syndicats", constate Daniel Silke, un analyste indépendant.

Il s'agit d'une "bataille entre un extrémisme plus populiste et un syndicat philosophiquement plus centriste", estime-t-il.

Le secteur minier est le plus grand employeur privé en Afrique du Sud, qui possède l'une des populations actives les plus syndiquées dans le monde.