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Ouganda : un scrutin sous tension marqué par des retards, la répression et une coupure d’internet

Actus. Les Ougandais votent ce jeudi pour élire leur président et leurs députés dans un climat de forte tension. Répression policière, arrestations de militants, coupure d’internet et désormais retards dans l’ouverture de nombreux bureaux de vote viennent assombrir un scrutin largement perçu comme joué d’avance, au profit du président sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de quarante ans.

Ouganda : un scrutin sous tension marqué par des retards, la répression et une coupure d’internet
Le président ougandais Yoweri Museveni brigue un nouveau mandat - Wikimedia Commons

Des bureaux de vote ouvrent en retard dans plusieurs régions 

Près de deux heures après l’heure officielle d’ouverture, fixée à 7 heures, de nombreux bureaux de vote n’avaient toujours pas accueilli d’électeurs dans plusieurs régions du pays. Des journalistes de l’AFP ont constaté que le scrutin n’avait pas encore commencé dans plusieurs quartiers de Kampala, la capitale, ainsi que dans la ville frontalière de Jinja. Selon des témoins sur place, ces retards seraient dus à la non-distribution des bulletins de vote et à des dysfonctionnements des machines biométriques utilisées pour vérifier l’identité des électeurs, suscitant frustration et inquiétude parmi les citoyens venus voter tôt. 

Une atmosphère de peur et de méfiance 

La tension est perceptible bien au-delà des bureaux de vote. Le quotidien Daily Monitor a publié une pleine page expliquant comment « protéger son domicile en vue des élections », recommandant notamment de renforcer portes et fenêtres et d’aménager une pièce sécurisée. Dans les rues de Kampala, une présence policière et militaire massive était visible dès la veille du scrutin. « Nous ne parlerons pas des élections. Vous pouvez poser n’importe quelle question, mais pas celle-là », confie un habitant d’une trentaine d’années, refusant de donner son nom.

Museveni face à une opposition sous pression 

Âgé de 81 ans, Yoweri Museveni brigue un nouveau mandat, le septième depuis son arrivée au pouvoir en 1986 après une guerre de guérilla. L’ex-chef rebelle est accusé par ses détracteurs d’abus systématiques des forces de sécurité et de museler toute contestation politique. Son principal adversaire, Bobi Wine, 43 ans, ancien chanteur de raggamuffin devenu figure politique majeure, se présente comme le « président du ghetto », en référence à son quartier natal situé dans un bidonville de Kampala. Durant sa campagne, il a dénoncé une période préélectorale qu’il qualifie de « guerre » et dit craindre pour sa vie, apparaissant régulièrement vêtu d’un gilet pare-balles.

Arrestations et opposants neutralisés 

Des centaines de partisans de Bobi Wine ont été arrêtés pendant la campagne. Un autre opposant historique, Kizza Besigye, candidat malheureux à quatre reprises face à Museveni, reste détenu pour trahison après avoir été enlevé en 2024 au Kenya puis présenté devant une cour martiale en Ouganda. 
Malgré tout, les rassemblements de Bobi Wine ont attiré des foules importantes, nourrissant l’espoir de ses partisans dans un pays où la jeunesse représente une majorité de la population. 

Internet coupé, inquiétudes internationales 

Mardi, le gouvernement a ordonné une coupure totale d’internet pour une durée indéterminée, officiellement afin de lutter contre la « désinformation » et « l’incitation à la violence ». Cette décision, combinée à la suspension récente de dix ONG, a été jugée « profondément inquiétante » par l’ONU. Les Nations unies ont dénoncé un climat « marqué par une répression et une intimidation généralisées » et appelé à des élections « libres et authentiques ». 

A lire aussi : Présidentielle en Ouganda : Bobi Wine menace d’appeler à manifester en cas de fraude électorale

Un résultat attendu, des lendemains incertains 

Les autorités affirment que « le vote n’est pas une justification pour des actes criminels » et ont déployé des milliers d’agents auxiliaires pour maintenir l’ordre. Bobi Wine, de son côté, accuse le pouvoir de préparer des fraudes massives et promet des manifestations en cas de manipulation du scrutin. Plus de 70 % des Ougandais ont moins de 30 ans et n’ont connu qu’un seul dirigeant, surnommé le « Mzee » – « le Vieux » en swahili. Entre résignation, peur et désir de changement, beaucoup se demandent si ce scrutin marquera un tournant politique ou confirmera la longévité d’un pouvoir solidement enraciné. 

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