Une livraison américaine annoncée à Abuja
Le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom) a annoncé mardi avoir livré du matériel militaire aux forces nigérianes. « Les forces américaines ont livré des fournitures militaires essentielles à nos partenaires nigérians à Abuja », a indiqué Africom sur le réseau social X, évoquant un soutien aux opérations en cours et un partenariat renforcé en matière de sécurité. Les autorités américaines n’ont pas précisé la nature exacte des équipements fournis.
U.S. forces delivered critical military supplies to our Nigerian partners in Abuja. This delivery supports Nigeria’s ongoing operations and emphasizes our shared security partnership. @USinNigeria pic.twitter.com/PcXIcfgmGU
— U.S. Africa Command (AFRICOM) (@USAfricaCommand) January 13, 2026
Des frappes américaines fin décembre
Cette livraison intervient quinze jours après des frappes américaines menées le jour de Noël sur le territoire nigérian. Les États-Unis avaient alors indiqué avoir tiré 16 missiles guidés depuis des drones MQ-9 Reaper visant des combattants affiliés au groupe État islamique dans la forêt de Bauni, dans l’État de Sokoto, au nord-ouest du pays. Le choix de cette zone avait surpris plusieurs analystes, l’insurrection jihadiste étant historiquement concentrée dans le nord-est du Nigeria. Abuja avait toutefois affirmé que les frappes ciblaient un groupe armé venu de la région sahélienne.
Une insurrection persistante et multiforme
Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, est confronté depuis 2009 à une insurrection jihadiste meurtrière, principalement dans le nord-est, où opèrent Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Parallèlement, de vastes régions du nord-ouest et du centre-nord sont sous la menace de groupes criminels lourdement armés, surnommés localement les « bandits », responsables d’enlèvements de masse, de pillages et d’attaques contre les civils.
A lire aussi : Frappes américaines au Nigeria : Lagos confirme avoir fourni les renseignements à Washington
Un partenariat sécuritaire renforcé avec Washington
Début janvier, le gouvernement nigérian a annoncé un renforcement de l’accord sécuritaire avec les États-Unis, sans confirmer si de nouvelles frappes américaines seraient menées sur son sol. Selon Abuja, les forces aériennes nigérianes continueront désormais à mener leurs propres frappes, tout en s’appuyant sur les vols de reconnaissance américains pour le renseignement et le ciblage.
Accusations américaines et tensions diplomatiques
Les frappes et la coopération militaire s’inscrivent dans une séquence diplomatique tendue. En octobre, le président américain Donald Trump avait accusé des groupes armés nigérians de persécuter les chrétiens, évoquant un « génocide » et reprochant aux autorités nigérianes leur passivité. Ces accusations ont été fermement rejetées par le gouvernement nigérian ainsi que par plusieurs analystes indépendants, qui dénoncent une lecture confessionnelle simplificatrice d’un conflit aux causes multiples.
Abuja recourt au lobbying aux États-Unis
Pour convaincre Washington de sa bonne volonté, notamment sur la protection des communautés chrétiennes, Abuja a intensifié ses efforts diplomatiques. En décembre, le conseiller à la sécurité nationale nigérian, Nuhu Ribadu, a engagé la firme américaine de lobbying DCI Group. Le contrat, d’un montant de 750 000 dollars par mois – soit 9 millions de dollars par an – a été publié sur une plateforme gouvernementale américaine où les lobbyistes sont tenus de déclarer leurs liens avec des gouvernements étrangers. Selon ce document, DCI Group doit aider le Nigeria à communiquer sur « ses actions pour protéger les communautés chrétiennes » et à maintenir le soutien des États-Unis dans la lutte contre les groupes jihadistes en Afrique de l’Ouest.
Une coopération sous surveillance
Si Abuja reste ouverte à une coopération militaire accrue avec Washington, la présence directe de forces américaines et les frappes sur le sol nigérian suscitent aussi des débats internes, notamment sur la souveraineté et les risques de dépendance sécuritaire. Dans un pays déjà fragilisé par des années de violences, cette alliance renforcée avec les États-Unis apparaît à la fois comme un levier stratégique et une source potentielle de controverses.
Envie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nousEnvie d'afficher votre publicité ?
Contactez-nous
L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.