AfSud: publication mercredi d'un rapport explosif pour Zuma

2 novembre 2016 à 13h28 par La rédaction

Pretoria (AFP)

La justice sud-africaine a ordonné mercredi la publication ce jour d'un rapport potentiellement accablant pour le président, quelques heures après la décision surprise de Jacob Zuma de renoncer à bloquer la sortie de ce document sur la corruption à la tête de l'�?tat.

Le bureau de la médiatrice de la République, auteur du rapport, "reçoit l'ordre de publier le rapport d'ici 17h00 (15H00 GMT) le 2 novembre, y compris en le mettant à disposition" sur son site internet, a déclaré à la mi-journée le juge Dunstan Mlambo.

Une décision accueillie sous les applaudissements dans la salle du tribunal de la Haute Cour de Pretoria, et immédiatement saluée par l'opposition, sur fond d'appels de plus en plus pressants dans le pays à la démission du président Zuma.

"C'est un jour historique (...), un moment clé pour l'Afrique du Sud, et Jacob Zuma doit rendre des comptes", a réagi le dirigeant de l'Alliance démocratique (DA), Mmusi Maimane. 

"C'est une victoire pour la démocratie, pour l'�?tat de droit, pour la justice", a renchéri �?ric Mabuza, l'avocat du parti de gauche radicale des Combattants pour la liberté économique (EFF).

Quelques heures plus tôt, dans un revirement inattendu, le président Zuma avait retiré son recours devant la justice pour empêcher la publication du document ultra sensible. 

Les avocats des partis d'opposition qui contestaient ce recours du chef de l'�?tat avaient, dans la foulée, demandé à la justice d'ordonner la publication "immédiate" du rapport.Ils ont obtenu gain de cause.

Le document, qui devait être initialement publié le 14 octobre, porte principalement sur des soupçons d'influence de la sulfureuse famille d'hommes d'affaires Gupta sur M. Zuma au point de lui imposer la nomination de certains ministres pour favoriser leurs intérêts.

Il a été rédigé par Thuli Madonsela, avant qu'elle ne quitte son poste de médiatrice de la République mi-octobre où elle était chargée de veiller au bon usage des deniers publics. 

Pendant ses sept ans de mandat, cette femme de tête s'est illustrée par sa détermination à lutter contre la corruption au sommet de l'�?tat et est devenue la bête noire du président Zuma.

Son rapport est pour l'heure conservé, sous haute protection, dans les bureaux de la nouvelle médiatrice, Busisiwe Mkhwebane, qui avait annoncé qu'elle se plierait à la décision de la justice.

Il n'était toujours pas disponible, mercredi en début d'après-midi, sur le site internet de "madame anticorruption".

- Guerre politique -

Dans ce contexte très tendu pour le président Zuma, plusieurs milliers de personnes issues des principaux partis d'opposition et de la société civile ont manifesté mercredi dans les rues de Pretoria pour réclamer son départ.

"J'ai passé la nuit ici (...) pour réclamer la démission de Zuma et le départ des Gupta du pays", a expliqué à l'AFP un militant de l'EFF, Dominic Khulube. 

La marche arrière du président constitue le deuxième revirement juridico-politique de la semaine en Afrique du Sud. 

Lundi, le parquet avait soudainement abandonné des poursuites très controversées contre le ministre des Finances Pravin Gordhan, soupçonné de fraude.

Rejoint par l'opposition, M. Gordhan avait dénoncé une manoeuvre politique du camp de M. Zuma, auquel il s'oppose sur la gestion des entreprises publiques et la lutte anticorruption.

Ces multiples affaires nourrissent une guerre au sein du même parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), où s'affrontent le camp du président Zuma et celui des frondeurs mené par le ministre des Finances.

La publication du rapport sur la corruption risque de fragiliser un peu plus le chef de l'�?tat.

Si Jacob Zuma a survécu à de nombreux scandales depuis sa prise de fonctions en 2009, il est aujourd'hui de plus en plus critiqué après le revers historique de l'ANC lors des municipales d'août. 

Mardi, dans une charge inédite, la très respectée fondation Nelson Mandela avait appelé au départ du chef de l'�?tat. Tout comme l'un des principaux syndicats de la fonction publique, Nehawu, allié historique de l'ANC. 

Bien que le contenu du rapport soit pour l'heure toujours secret, quelques éléments ont déjà fuité dans la presse sud-africaine. 

Ce weekend, le Sunday Times a affirmé que David van Rooyen, alors député de l'ANC, s'était rendu à sept reprises chez les Gupta dans la semaine précédant sa nomination surprise en décembre 2015 au ministère des Finances.

Cette nomination avait provoqué la panique des marchés et contraint le président Zuma à rappeler, au bout de quatre jours seulement, le très respecté Gordhan.