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Algérie : mort de Mohammed Harbi, historien dissident du récit officiel

Actus. L’historien algérien Mohammed Harbi, intellectuel majeur et critique précoce du pouvoir issu de l’indépendance, est décédé jeudi soir à Paris à l’âge de 92 ans. Ancien militant du FLN, emprisonné puis contraint à l’exil, il laisse une œuvre essentielle sur l’histoire politique de l’Algérie contemporaine.

Algérie : mort de Mohammed Harbi, historien dissident du récit officiel
L'historien algérien Mohamed Harbi - Philippe Matsas/opale.photo

Une figure intellectuelle majeure de l’Algérie indépendante 

Mohammed Harbi s’est imposé comme l’un des premiers historiens algériens à interroger les récits officiels de la guerre de libération (1954-1962) et la construction politique de l’Algérie après l’indépendance. Son travail, souvent critique, a profondément marqué l’historiographie du pays et nourri de vifs débats intellectuels et politiques. Son ami, l’historien Ali Guenoun, a salué sa « contribution majeure » et son engagement en faveur de « l’autodétermination et l’émancipation du peuple algérien ».

Du militantisme anticolonial au cœur du pouvoir 

Né le 16 juin 1933 à Skikda, dans l’est de l’Algérie, Mohammed Harbi s’engage très jeune contre la colonisation française. Parti étudier à Paris, il rejoint l’antenne locale du Front de libération nationale (FLN) et participe activement au combat pour l’indépendance. Il travaille ensuite au sein du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), notamment aux côtés de Krim Belkacem, l’un des signataires des accords d’Évian de mars 1962, qui mettent fin à 132 ans de colonisation française. 

Prison, répression et rupture avec le régime 

Après l’indépendance, Mohammed Harbi intègre le cabinet du premier président algérien, Ahmed Ben Bella. Mais le coup d’État du colonel Houari Boumédiène en 1965 marque une rupture décisive. Il dénonce alors ce qu’il qualifie de « régime totalitaire », ce qui lui vaut cinq années de prison, suivies d’une période de résidence surveillée. 

L’exil et une œuvre historiographique de référence 

En 1973, il quitte clandestinement l’Algérie pour se réfugier en France. Il y mène une carrière universitaire, notamment comme enseignant à la Sorbonne, et se consacre à la recherche sur l’histoire contemporaine de l’Algérie. Parmi ses ouvrages les plus marquants figure Le FLN : mirage et réalité, publié en 1980, qui provoque une vive polémique en raison de sa critique de la prise du pouvoir par un parti unique et de la confiscation du projet émancipateur de la guerre de libération.

Un héritage intellectuel et politique durable 

Selon Ali Guenoun, Mohammed Harbi a « œuvré tant par ses écrits que par son combat politique à la construction politique d’une société juste et égalitaire ». Il a rappelé l’une de ses dernières déclarations : « Œuvrons tous ensemble pour construire une nation de citoyens et vivre en paix avec nos voisins ».  
Dans un message de condoléances, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a salué un « historien lettré dont la disparition fait perdre à l’Algérie un homme d’exception, engagé très tôt dans le combat politique contre la colonisation ». 

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