Côte d'Ivoire: les violences ont provoqué jusqu'à un million de déplacés (HCR)

25 mars 2011 à 17h58 par La rédaction

GENEVE (AFP)

Jusqu'à un million d'habitants d'Abidjan pourraient avoir fui en raison des violences et par crainte d'une guerre civile en Côte d'Ivoire, a estimé vendredi le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Il y a une insécurité grandissante à Abidjan, en Côte d'Ivoire et nous assistons à une augmentation brutale des déplacements", a expliqué une porte-parole du HCR, Melissa Fleming lors d'un point de presse.

"Selon nos estimations, il pourrait y avoir jusqu'à un million de personnes rien qu'à Abidjan qui ont été déplacées", a-t-elle ajouté, insistant sur le fait que ce ne sont que des estimations.

Plus globalement, le HCR parle désormais de 700.000 à un million de personnes déplacées dans le pays.

Les personnes fuient leur maison pour d'autres régions plus sûres du pays en raison des "craintes d'une guerre", a encore souligné Mme Fleming.

Une autre porte-parole du HCR, Fatoumata Lejeune-Kaba, a insisté en racontant à l'AFP que des poches de personnes déplacées à l'intérieur même de la capitale économique du pays étaient découvertes tous les jours même si la majorité des déplacés fuient la ville pour tenter de rejoindre le nord, le centre et l'est du pays, considérés plus calmes.

De fait, l'ouest, qui a longtemps servi de porte de sortie vers le Liberia où quelque 100.000 Ivoiriens se sont réfugiés, apparaît désormais plus incertain avec une recrudescence des violences.

Le HCR a ainsi assuré vendredi que plusieurs centaines de "mercenaires libériens pillent, violent et tuent" dans la région de Guiglo, devenue une "zone de non-droit" dans l'ouest.

Le Haut commissariat de l'ONU pour les droits de l'homme a également indiqué qu'il tentait d'obtenir plus de détails sur la mort supposée de 200 ressortissants africains, notamment du Burkina Faso, de Guinée, du Mali, du Sénégal et du Togo qui auraient été tués près de Guiglo.

"Il y a des indications claires que des citoyens d'Afrique de l'ouest continuent de faire l'objet d'attaques ciblées", a reconnu un porte-parole du Haut commissariat, Rupert Colville.

"Nous sommes extrêmement préoccupés de la dégradation de la situation en Côte d'Ivoire étant donnée les incitations" à la violence du président Gbagbo et de ses hommes, a-t-il insisté.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la Croix-Rouge de Côte d'Ivoire ont quant à eux lancé une aide d'urgence pour la ville de Toulepleu, toujours dans l'ouest, qui a été dévastée.

"Alors qu'elle comptait entre 40 et 50 000 habitants avant les combats, seules quelque 3 000 personnes sont restées dans la ville ou à proximité", s'est alarmé le CICR selon lequel aucune maison n'y a été épargnée.

Alors que la crise ivoirienne née de la présidentielle de novembre 2010 ne cesse de se détériorer après avoir déjà fait plus de 460 morts selon l'ONU, le Conseil de sécurité de l'ONU a reçu vendredi un projet de résolution déposé par la France et le Nigeria qui demande le départ du président sortant Laurent Gbagbo pour laisser la place au président reconnu internationalement Alassane Outtara.

Pour les humanitaires la situation se fait de plus en plus pressante, le HCR craignant même que le conflit ne fasse tâche d'huile au Liberia, alors que la frontière de 700 km entre les deux pays est poreuse et que de nombreuses armes y circulent.