Crise en Côte d'Ivoire: l'Union Africaine en position d'équilibriste

6 décembre 2010 à 13h58 par La rédaction

NAIROBI (AFP)

Après le Zimbabwe et le Kenya, l'Union Africaine (UA) fait face à une nouvelle crise majeure née d'une élection présidentielle controversée en Côte d'Ivoire où elle est contrainte de concilier ses professions de foi démocratiques avec la volonté d'éviter une reprise du conflit armé.

Avec deux candidats qui se revendiquent président au terme d'une élection censée sortir le pays de la crise, l'UA se livre à un numéro d'équilibriste.

Si l'ensemble de la communauté internationale --Etats-Unis, Union européenne, secrétaire général des Nations unies notamment--, a reconnu la victoire du candidat de l'opposition Alassane Ouattara, l'UA s'en est formellement gardée pour, selon plusieurs observateurs, donner une chance à son médiateur, l'ex-président sud-africain Thabo Mbeki, de pouvoir travailler.

Quelques heures après avoir annoncé samedi l'envoi de M. Mbeki à Abidjan pour cette "mission d'urgence", l'UA a cependant appelé au respect des résultats "tels que proclamés" par la Commission électorale indépendante (CEI) de Côte d'Ivoire, qui a désigné jeudi M. Ouattara vainqueur du scrutin avec 54,10% des suffrages.

"Le communiqué de l'UA est à mon sens assez fort et assez clair (...) L'UA a, il est vrai, tendance à être plus prudente que des acteurs non-africains et ne veut pas être accusée d'ingérence.Mais à mon sens, c'est une simple différence de forme", juge l'analyste politique Gilles Yabi, interrogé par l'AFP.

De fait, l'organisation a mis les points sur les "i" samedi en se démarquant publiquement du chef de sa mission d'observation en Côte d'Ivoire, l'ancien Premier ministre togolais Joseph Kokou Koffigoh qui venait d'assister à la cérémonie d'investiture du président sortant Laurent Gbagbo: "M.Koffigoh ne représentait pas l'Union Africaine qui n'est en rien engagée par cet acte individuel".

Un autre analyste politique spécialiste de la Côte d'Ivoire, qui a requis l'anonymat, juge également "pragmatique" l'attitude de l'UA: "si l'UA samedi avait dit de Gbagbo: +c'est de sa faute, c'est le principal responsable+, il devenait compliqué après pour Mbeki de négocier quoi que ce soit.Ils ont accompagné l'envoi de Mbeki avec un communiqué où ils ont donné leur tendance".

Reste que la marge de manoeuvre de M. Mbeki qui a rencontré dimanche MM.Ouattara et Gbagbo, semble bien étroite, d'autant que l'option de mettre en place un gouvernement d'union nationale, privilégiée par l'UA au Zimbabwe et au Kenya, apparaît en l'état impossible, voire indésirable selon les deux experts.

"D'abord, il faut rappeler qu'il y avait déjà un gouvernement de coalition, celui de M. (Guillaume) Soro, composé de ministres venant de toutes les parties en présence.Et après ce qui vient de se passer, on imagine assez mal Ouattara président et Gbagbo Premier ministre", estime le second analyste.

"Le signal serait désastreux: ces élections ont été très coûteuses, avec un investissement très important de la communauté internationale.Et au terme du processus, on arriverait à une situation où elles n'auraient servi à rien ?", juge M. Yabi.

En outre, l'UA pourrait se montrer échaudée par les expériences kényane et zimbabwéenne, pour le moins chaotiques et vivement critiquées par les intéressés eux-mêmes.Le Premier ministre kényan Raila Odinga appelait ainsi en mai à "en terminer avec ce genre de compromis.Ce sont précisément des exemples de ce qu'il ne faut pas faire".

Alors que la crise en Côte d'Ivoire empirait, l'UA s'est félicité samedi de l'élection du premier président démocratiquement élu de Guinée, l'opposant historique Alpha Condé, espérant que le déroulement du scrutin servira d'"exemple sur le continent".