Egypte: dispersion d'une manifestation au Caire, des arrestations

26 novembre 2013 à 19h20 par La rédaction


Le Caire (AFP)

Dix membres du comité chargé de réviser la Constitution égyptienne ont suspendu mardi leur participation aux travaux de cette assemblée après l'arrestation de 30 manifestants au Caire, a annoncé à l'AFP l'un de ces membres.

Hoda al-Sadda, qui siège au sein du "Comité des 50" a expliqué avoir suspendu ses travaux, avec au moins neuf de ses collègues, après que 30 manifestants qui dénonçaient le maintien dans la future Constitution d'un article autorisant les procès de civils devant des tribunaux militaires, ont été arrêtés.

Suite à cette annonce, le Comité a ajourné ses travaux jusqu'à mercredi matin, selon des médias.

"Le Comité des 50 risque l'explosion, alors qu'il est la pierre angulaire de la transition", a déploré un autre membre, le réalisateur Khaled Youssef, alors que les 50 se sont engagés à remettre une version finale du texte révisé le 3 décembre au président par intérim Adly Mansour.

La feuille de route de la transition prévoit ensuite un référendum sur la loi fondamentale, puis la tenue d'élections législatives et présidentielle d'ici l'été 2014.

Les manifestants ont été arrêtés parce qu'ils n'avaient pas obtenu du ministère de l'Intérieur l'autorisation de se rassembler devant le Conseil de la Choura (Sénat), où siège le Comité des 50, ont expliqué des sources de sécurité à l'AFP. 

Une loi promulguée dimanche oblige en effet les organisateurs à informer les autorités d'un rassemblement trois jours avant sa tenue et autorise le ministère de l'Intérieur à l'interdire s'il représente une "menace pour la sécurité".

Parmi les personnes arrêtées figurent plusieurs militants célèbres en Egypte, dont Mona Seif, qui avait fondé la campagne "No to military trials", et Ahmed Harara, qui a perdu ses deux yeux à cause de tirs des forces de l'ordre dans des manifestations en 2011.

"Les policiers ont utilisé leurs canons à eau et ont ensuite frappé et arrêté des gens", a rapporté Alaa Abdel Fattah, le frère de Mme Seif, mais "cela n'arrêtera pas les manifestations".

Le projet de Constitution révisée prévoit de maintenir un article permettant aux tribunaux militaires de juger des civils accusés d'avoir "nui" aux forces armées --une définition souvent interprétée au sens le plus large en Egypte.Trois journalistes ont récemment écopé de peines de prison ordonnées par des tribunaux militaires en vertu de cet article.

Cette question des procès militaires de civils divise particulièrement au sein du Comité des 50.

Une autre manifestation a par ailleurs été dispersée mardi à coup de canons à eau au Caire, toujours en vertu de la loi promulguée dimanche qui encadre le droit de manifestation. 

Ahmed Maher, fondateur du mouvement du 6-avril, fer de lance de la révolte de 2011 qui a chassé du pouvoir le président Hosni Moubarak, a déclaré à l'AFP que "cette loi devait être abrogée"."Le ministère de l'Intérieur veut en finir avec les manifestations", a-t-il lancé, rappelant que "même sous Moubarak, des manifestations avaient lieu".

Ce texte, qui intervient sur fond de répression des partisans du président islamiste Mohamed Morsi destitué par l'armée début juillet, prévoit, en cas de violences de la part des manifestants, une "utilisation graduée de la force".

Amnesty International a estimé qu'il était "un grave retour en arrière" qui "donne carte blanche aux forces de sécurité pour utiliser une force excessive, notamment létale, contre les manifestants".