Egypte: la foule afflue à nouveau place Tahrir, Moubarak part en septembre

2 février 2011 à 9h18 par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

 Des milliers de manifestants antirégime étaient rassemblés mercredi place Tahrir, dans le centre du Caire, au lendemain d'une mobilisation de plus d'un million de personnes, et malgré l'annonce d'Hosni Moubarak qu'il abandonnerait son fauteuil de président en septembre. 

A un kilomètre de la place, quelque 500 partisans du président ont défilé mercredi matin avec des banderoles clamant "Oui à Moubarak, pour protéger la stabilité," ou "ceux qui aiment l'Egypte ne la font pas couler".

 Certains interpellaient la foule se dirigeant vers la place Tahrir (Libération), devenue emblématique de la colère des Egyptiens: "Que voulez-vous de plus?De toute façon Moubarak ne va pas rester.Vous devez partir, ou le sang va couler".

Des milliers de manifestants anti-gouvernementaux ont à nouveau passé la nuit de mardi à mercredi sur la place et repris dès leur réveil les slogans réclamant le départ immédiat du président.

Mais mercredi matin, au neuvième jour de révolte, l'armée égyptienne a appelé, à la télévision d'Etat, les manifestants à rentrer chez eux pour rétablir la sécurité.

"Allez, Hosni dehors", ont les scandé les protestataires, émergeant tout juste de leurs tentes ou de leurs sacs de couchage, à même le sol.

Deux grandes banderoles sont toujours déployées sur la place, l'une en anglais disant "le peuple veut la chute du régime" et l'autre en arabe, adressée à Hosni Moubarak: "dégage!".

Mardi soir, au terme d'une journée de mobilisation géante dans tout le pays, le président Moubarak a annoncé dans un discours télévisé qu'il restait au pouvoir mais qu'il ne serait pas candidat à la présidentielle de septembre.

 M.Moubarak, 82 ans, au pouvoir depuis 29 ans, s'est engagé à préparer lors des huit mois de mandat qui lui restent une transition pacifique, notamment en modifiant la Constitution afin de faciliter les candidatures pour la présidentielle.

La "marche du million" de mardi s'est déroulée sans heurt, mais le mouvement de contestation qui a débuté le 25 janvier a fait au moins 300 morts selon un bilan non confirmé de l'ONU, et des milliers de blessés.

Berlin s'est félicité qu'Hosni Moubarak "veuille ouvrir la voie à un renouveau politique", alors que le président français Nicolas Sarkozy a souhaité qu'un "processus de transition concret s'engage sans tarder" et "sans violence", selon l'Elysée.

Le président américain Barack Obama a indiqué avoir dit à son homologue égyptien qu'une transition politique pacifique devait débuter "maintenant" en Egypte.

A l'issue d'une journée d'intenses consultations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'un de leurs principaux alliés du Moyen-Orient, M. Obama a aussi félicité l'armée égyptienne d'avoir permis que des manifestations pacifiques aient lieu.

Londres a réitéré son appel aux autorités égyptiennes à procéder à un "changement réel, visible et complet".

Dès mardi soir, l'annonce de M. Moubarak qu'il resterait au pouvoir avait été rejetée par les milliers de manifestants rassemblés malgré le couvre-feu, laissant augurer d'une poursuite de l'épreuve de force.

"Le président est très têtu, mais nous sommes plus têtus que lui.Nous ne quitterons pas la place" Tahrir, avait déclaré un leader de la contestation dans un haut-parleur.

M. Moubarak a assuré qu'il n'avait pas l'intention de briguer un sixième mandat de six ans en septembre.

"Je le dis en toute sincérité, et sans tenir compte de la situation actuelle, je ne comptais pas me présenter à un nouveau mandat présidentiel", a déclaré M. Moubarak."Ce pays, j'y ai vécu, j'ai fait la guerre pour lui, et l'histoire me jugera", a-t-il ajouté.L'Egypte est "la nation que j'ai défendue et dans laquelle je vais mourir".

M. Moubarak a appelé le Parlement à "débattre d'un amendement" à la Constitution "pour changer les conditions de la candidature à la présidentielle et limiter les mandats".

De son côté, l'ambassadrice des Etats-Unis Margaret Scobey s'est entretenue au téléphone avec Mohamed ElBaradei, la figure la plus en vue de l'opposition, qui a appelé M. Moubarak à partir "au plus tard vendredi".

Depuis le 25 janvier, les manifestants se rassemblent quotidiennement pour réclamer le départ de M. Moubarak qu'ils accusent d'être responsable des maux du pays -pauvreté, chômage, violation des libertés, corruption et verrouillage politique.

Pour lancer la mobilisation, les groupes issus de la société civile, soutenus par M. ElBaradei, par une partie de l'opposition laïque et les Frères musulmans, force d'opposition la plus influente, ont compté sur le bouche à oreille, Internet restant bloqué et le service de messagerie mobile perturbé.

La chaîne télévisée Al-Jazira, qui a largement couvert la révolte, a déploré mercredi un brouillage de sa diffusion dans tout le monde arabe, estimant que "certains pouvoirs ne veulent pas que nos images appelant à la démocratie et aux réformes soient accessibles au public".

Après une semaine de protestations, les contrecoups économiques se font sentir, notamment pour le tourisme, l'une des principales sources de revenus pour l'Egypte.