John Kerry appelle à la fin des combats au Soudan du Sud

1er mai 2014 à 10h04 par La rédaction


Addis Abeba (AFP)

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a entamé jeudi sa tournée en Afrique par un appel à la fin des combats et à une aide humanitaire au Soudan du Sud où l'ONU craint un génocide et une famine après des mois d'un conflit interne particulièrement brutal.

"Je crois qu'il est clair que tout le monde est d'accord pour dire que les tueries doivent cesser, qu'il faut permettre un accès humanitaire" aux populations, a-t-il dit à la presse après avoir rencontré ses homologues éthiopien, kényan et ougandais dans la capitale éthiopienne.

Siège de l'Union africaine, Addis Abeba accueille des pourparlers, restés jusqu'à présent infructueux, entre le gouvernement du président sud-soudanais Salva Kiir et la rébellion dirigée par son rival, l'ex vice-président Riek Machar dont les troupes s'affrontent depuis la mi-décembre.

Le conflit a dominé les discussions du secrétaire d'Etat américain et de ses homologues africains avec parmi les mesures évoquées figurent la possibilité d'envoyer au Soudan du Sud des soldats de pays de la région.

Arrivé mercredi soir dans la capitale éthiopienne pour sa première véritable tournée africaine, M. Kerry doit également se rendre d'ici le 5 mai en République démocratique du Congo et en Angola pour évoquer, outre le Soudan du Sud, les conflits en Centrafrique, Somalie et RDC.

Pour le Soudan du Sud - plus jeune Etat du monde né en juillet 2011 - M. Kerry devait "pousser les deux parties à honorer l'accord de cessation des hostilités qu'ils ont signé et qu'ils n'ont jamais respecté", avait auparavant indiqué un diplomate américain voyageant avec son ministre.

Un cessez-le-feu a été paraphé le 23 janvier à Addis Abeba mais il est resté lettre morte.Les discussions ont repris lundi dans la capitale éthiopienne sans avancée notable.

 

- "Pas de solution militaire" -

 

Les combats, qui ont déjà fait des milliers de morts, se sont accompagnés de massacres et d'exactions contre les civils sur des bases ethniques.A la rivalité entre MM.Kiir et Machar, se greffent de vieux antagonismes entre Dinka et Nuer, les deux principales communautés du pays dont ils sont respectivement issus.

"Les deux camps pensent qu'ils peuvent l'emporter militairement", mais "il n'y a pas de solution militaire", a fait valoir le responsable du département d'Etat.Le conflit "n'est pas une bataille entre Dinka et Nuer, c'est une bataille personnelle entre Riek Machar et Salva Kiir", a-t-il assuré.

En conséquence, Washington "va délivrer des messages durs aux deux parties pour leur signifier qu'elles seront tenues responsables si elles ne prennent pas les mesures nécessaires pour mettre fin aux hostilités", a averti le responsable américain. 

Pour autant, John Kerry ne devrait pas annoncer de sanctions contre les belligérants, a admis le diplomate, même si son administration "travaille sur une liste d'individus".Le cadre juridique pour ces sanctions est prêt depuis un décret présidentiel signé par Barack Obama le 3 avril. 

Les Etats-Unis, pays qui a le plus oeuvré à la naissance du Soudan du Sud par la partition du Soudan, ont multiplié les pressions pour éviter un éclatement du pays.Sans résultat jusqu'ici.

Mais le temps presse selon l'ONU qui a averti mercredi que le pays était "au bord de la catastrophe" et qui a clairement évoqué le risque d'un génocide en faisant une référence au drame du Rwanda, il y a tout juste 20 ans.

"Le mélange mortel de griefs mutuels, d'appels à la haine et de tueries de représailles (...) semble prêt à entrer en ébullition et (...) ni les dirigeants sud-soudanais ni la communauté internationale ne semblent réaliser à quel point la situation est désormais dangereuse", a déclaré la Haut Commissaire de l'ONU au droits de l'Homme, Navi Pillay, en visite à Juba.

Elle s'est aussi dite "atterrée par l'apparente indifférence affichée par les deux dirigeants concernant le risque de famine".

Le conseiller spécial de l'ONU pour la prévention du génocide, Adama Dieng, qui accompagnait Mme Pillay, a assuré que les Nations unies prendraient "toutes les mesures possibles" pour "protéger les populations (sud-soudanaises) d'un autre Rwanda", en allusion au génocide qui y fit quelque 800.000 morts en 1994 et que l'ONU fut incapable d'empêcher.