Juba accuse Khartoum d'avoir bombardé des infrastructures pétrolières

Par La rédaction

JUBA (AFP) - (AFP)

Le Soudan du Sud a accusé jeudi le Soudan d'avoir bombardé, à l'aide de MiG, des infrastructures pétrolières sur son territoire, près de la frontière, dénonçant l'attitude "belliqueuse" de Khartoum.

Les avions soudanais "ont avancé à l'intérieur de notre territoire sur 74 km et violé l'espace aérien du Soudan du Sud", a déclaré à l'AFP le ministre sud-soudanais de l'Information, Barnaba Marial Benjamin."Cela met à nu l'attitude belliqueuse de la République du Soudan", a-t-il poursuivi.

Selon lui, des bombes ont été larguées sur deux champs pétrolifères lors de cette opération survenue dans l'Etat d'Unité, voisin de l'Etat soudanais du Kordofan-Sud.La démarcation de la frontière entre les deux Etats fait l'objet d'un contentieux entre les deux Soudan.

"Deux bombardiers MiG sont venus et ont bombardé un endroit appelé Panakuat dans le comté de Pariang à midi hier", mercredi, a renchéri le porte-parole de l'armée sud-soudanaise, Philip Aguer.Khartoum "a déjà bombardé le Soudan du Sud depuis l'année dernière mais c'est la première fois qu'elle envoie des MiG."

"Il y a eu deux bombes -- l'une est tombée dans un puits de pétrole, l'autre dans un puits d'eau potable," a-t-il ajouté, expliquant que l'eau destinée à la population était désormais contaminée par le pétrole.

Les deux responsables ont donné des informations contradictoires sur ce qui se serait passé pendant ce temps-là au sol.

Le porte-parole de l'armée a affirmé que l'infanterie soudanaise avait pénétré à 17 km à l'intérieur du Soudan du Sud, avançant vers des puits de pétrole et des bases militaires.

Mais le ministre de l'Information a démenti toute incursion terrestre : "Jusqu'à maintenant, aucune troupe au sol n'est entrée sur notre territoire".

Ces incursions "ont été contenues dans le passé et le gouvernement, la République du Soudan du Sud, est capable de contenir toute invasion de notre territoire", a-t-il ajouté."Nous résisterons".

"Le gouvernement est en position de protéger ses citoyens et son territoire, mais ne se laissera pas entraîner de nouveau dans une guerre absurde," a poursuivi M. Benjamin.

Le Soudan a de son côté démenti toute agression.

"Cette information est totalement incorrecte, ils doivent apporter la preuve de nos bombardements et de l'avancée de nos troupes sur 17 km après la frontière", a déclaré le porte-parole de l'armée soudanaise, Sawarmi Khaled Saad.

Depuis l'accession à l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011, les tensions restent extrêmement vives entre les ex-ennemis, qui s'accusent mutuellement d'alimenter une rébellion sur le sol de l'autre.

Dimanche, Khartoum avait reproché à Juba d'être derrière une attaque menée par deux groupes rebelles contre les autorités soudanaises au Kordofan-Sud.

Outre les contentieux frontaliers, les deux capitales se disputent une région grande comme le Liban, Abyei, et l'exploitation des ressources pétrolières.

Le Soudan du Sud a hérité des trois-quarts des réserves de brut du Soudan d'avant la sécession, mais reste tributaire du Nord pour exporter ce pétrole.Et les deux parties, qui se sont livré des décennies de guerre civile avant des accords de paix en 2005, n'arrivent pas à s'entendre sur les frais de passage.

En attendant une solution, Khartoum a décidé de se payer en nature, en prélevant du pétrole, à la fureur de Juba a qui a stoppé sa production en janvier.