L'opération militaire au Sahel, une nouvelle approche française dans cette région

Par La rédaction

PARIS (AFP)

L'opération militaire franco-nigérienne pour tenter de libérer les otages enlevés au Niger et la détermination avec laquelle Paris "assume" cette action, malgré la mort des deux jeunes Français, concrétise une nouvelle approche, plus musclée, de la France face au problème des otages dans cette région.

"Ce crime odieux ne fait que renforcer la détermination de la France à lutter sans relâche contre le terrorisme et contre les terroristes", a martelé le président Nicolas Sarkozy dimanche en Guadeloupe.Une "détermination à lutter contre ce fléau" réaffirmée lundi par le Premier ministre François Fillon.

En août dernier, Nicolas Sarkozy avait évoqué un "tournant majeur" dans la stratégie de la France, après le raid franco-mauritanien fin juillet pour tenter de retrouver Michel Germaneau, enlevé le 19 avril au Niger.

Une opération suivie trois jours plus tard de l'annonce par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) de l'exécution de l'otage.Les circonstances de la mort de Michel Germaneau ne sont pas connues, à ce jour.

"La seule stratégie ne peut pas consister à payer des rançons et à accepter de libérer des prisonniers en échange de malheureux innocents qui sont pris en otages.Cela ne peut pas être une stratégie", avait affirmé mi-août le chef de l'Etat devant les ambassadeurs de France réunis à Paris.

 Pierre Camatte, un humanitaire français détenu au Mali, avait été libéré en février, après qu'Aqmi eut obtenu de Bamako la remise en liberté de quatre islamistes détenus au Mali.Et selon la presse espagnole, Madrid a payé en août près de 7 millions d'euros pour la libération de deux otages espagnols.

Nicolas Sarkozy avait indiqué devant les ambassadeurs que la France "aide sans réserve" les gouvernements qui le lui demandent à "former, équiper" les forces armées qui en ont besoin pour éliminer les groupes terroristes.

Samedi, la décision d'intervenir militairement a donc été prise très rapidement."On a des fenêtres de tir.Soit c'est le moment, soit on les laissait filer", expliquait-on à l'état-major.

Les forces spéciales, entraînées pour des missions difficiles, prépositionnées dans la région depuis les enlèvements de septembre, ont pu intervenir au côté de l'armée nigérienne pour intercepter les ravisseurs.

Mais la fermeté affichée par Nicolas Sarkozy face aux preneurs d'otages reste tributaire de la diversité des situations.

Les responsables français ont en effet régulièrement exprimé leur inquiétude quant au sort des cinq otages français au Sahel, évoquant l'absence de contacts avec les ravisseurs et la nature de leurs revendications (négociations directes avec ben Laden pour les otages et retrait de l'armée française d'Afghanistan).

En Afghanistan, la France privilégie au contraire la négociation.

Lundi, François Fillon s'est ainsi déclaré optimiste sur le sort des deux journalistes de France 3 retenus en otages."Je pense qu'il ne peut y avoir qu'une issue favorable", a-t-il affirmé, soulignant que ce n'était "pas du tout le même cas de figure qu'au Mali".

Lors de sa visite à Kaboul fin décembre, le ministre de la Défense Alain Juppé avait fait état de discussions "intenses" pour obtenir la libération des otages et souhaité qu'elle intervienne "le plus vite possible".

Neuf otages français, pour Paris, restent détenus dans le monde (cinq dans le Sahel, un en Somalie, deux en Afghanistan et Gilad Shalit, jeune soldat franco-israélien enlevé à Gaza) après la mort des deux jeunes Français samedi au Niger.