La communauté juive sur ses gardes dans la Tunisie post-Ben Ali

16 février 2011 à 10h01 par La rédaction

DJERBA (AFP)

La petite communauté juive de Tunisie, protégée sous les régimes de Bourguiba et de Ben Ali mais cible d'un attentat en 2002, reste vigilante après la chute de l'ancien régime dans un pays où elle veut continuer de vivre en harmonie avec le reste de la population.

Cette communauté -forte d'environ 2.000 personnes dont 1.500 à Djerba (500 km au sud de Tunis)- a exprimé son inquiétude au pouvoir de transition après des incidents antisémites devant la grande synagogue de Tunis vendredi.Le gouvernement a condamné les agissements d'extrémistes devant tous les lieux de culte.

En ce jour de début de shabbat, un groupe d'hommes avait scandé devant la synagogue: "Allez les Juifs, l'armée de Mohammed est de retour", selon des images diffusées sur internet.

Selon un responsable de la communauté juive à Djerba, René Trabelsi, ces hommes appartiennent au mouvement islamiste intégriste El-Tahrir (Liberté) "très silencieux sous le régime de Ben Ali mais qui veut maintenant semer le chaos".

"La situation dans le pays appelle à la vigilance" car des groupes "profitent du vide", a estimé le président de la communauté juive de Tunisie Roger Bismuth, qui s'est entretenu samedi de cet incident avec le Premier ministre Mohamed Ghannouchi.

Le ministère de l'Intérieur a condamné mardi les slogans hostiles aux religions et incitant à la violence."Ces personnes n'ont d'autre objectif que de porter atteinte aux valeurs du régime républicain fondé sur le respect des libertés et des croyances, la tolérance, la co-existence pacifique entre tous les courants et la garantie de l'exercice des droits civiques".

Lors des violences qui ont précédé la chute du président Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier, "une maison de culte juive composée d'un tombeau, de deux chambres et d'une petite cuisine a été incendiée" à El-Hamma (20 km de Gabès) début janvier, a dit à l'AFP le président de la communauté juive de Djerba, Perez Trabelsi."Tout le quartier avait été la cible de casseurs", a-t-il souligné.

Selon René Trabelsi, "il ne faut pas céder à la panique, il y en a qui veulent semer le chaos et frapper sur les minorités les plus faibles comme celle des Juifs".Pendant les incidents vendredi devant la synagogue, "des commerçants tunisiens sont sortis pour dire à ces mecs d'arrêter leurs conneries", ajoute-t-il.

La communauté juive, selon lui, "a toujours été très aimée et protégée en Tunisie, que ce soit sous le régime de Bourguiba ou de Ben Ali, et même pendant les pillages qui ont suivi la chute de Ben Ali, des voisins arabes ont protégé les maisons des Juifs"."Tout le monde est dans le même bain en Tunisie et il ne faut pas manipuler et se faire manipuler".

A Djerba, la communauté mise sur l'avenir tout en ne cachant pas ses craintes.

"Nous sommes avant tout des Tunisiens, nous voulons vivre comme tous les autres Tunisiens", déclare Perez Trabelsi, également président du comité de la Ghriba, la plus ancienne synagogue d'Afrique datant de 2.500 ans.

"On a eu un peu peur comme tout le monde pendant les événements mais je reste ici", dit-il."Ca manque un peu de policiers.Sous Ben Ali, j'avais toujours trois ou quatre policiers devant ma maison mais maintenant ils ne viennent que de temps en temps", ajoute-t-il.

Sous le soleil, le gardien de la Ghriba, placée sous haute surveillance policière, se désespère: "Comme vous le voyez, il n'y a pas de touristes, il n'y a que des habitants qui viennent ici pour lire la Torah".

Entourée de champs d'oliviers, cette synagogue avait été en avril 2002 la cible d'un attentat revendiqué par Al-Qaïda qui avait fait 21 morts.

Des colonnes bleu roi soutiennent l'édifice.Le gardien, Khadir, entreprend une visite des lieux aux riches boiseries, aux murs revêtus d'une multitude de faïences colorées de bleu, vert et ocre."Espérons que les touristes vont revenir rapidement", dit-il.

Le pèlerinage de la Ghriba, prévu du 17 au 22 mai, aura bien lieu, affirme Perez Trabelsi."Nous attendons des gens de France et d'Israël notamment".