Le Rwanda montre que la mortalité infantile n'est pas une fatalité africaine

Par La rédaction

KIGALI (AFP)

Grâce à une politique très volontariste, le Rwanda est un des rares pays africains à pouvoir espérer réduire substantiellement la mortalité infantile, un des "objectifs du millénaire" de l'Onu au centre d'un sommet cette semaine à New York.

Des huit objectifs censés être réalisés dans le monde d'ici 2015, le quatrième prévoit de réduire des 2/3 le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans en 2015 comparé au niveau de 1990.

"Le Rwanda est un des rares pays en Afrique qui ait une chance d'atteindre les objectifs du millénaire si le rythme actuel est maintenu", estime Lamine Cisse Sarr, représentant l'Organisation mondiale de la santé (OMS) au Rwanda.

Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a rendu hommage ce mois-ci aux "grands progrès" sanitaires réalisés par le Rwanda, "en particulier en matière de santé maternelle et infantile".

Depuis les progrès déjà engrangés dans la lutte contre le paludisme, c'est la pneumonie qui tue aujourd'hui le plus grand nombre d'enfants au Rwanda, avec 23 pc du total des morts infantiles.

Les autorités rwandaises ont d'abord développé la formation du personnel sanitaire local pour lui permettre d'identifier les symptômes de la pneumonie -- une respiration rapide et difficile -- et d'envoyer les patients les plus atteints vers un hôpital.Une assurance maladie quasi-obligatoire couvre environ 90 pc des coûts du traitement.

Donata Nyirabahizi, qui vit dans une petite hutte surplombant le lac Muhazi, a appris avec effroi à quelle vitesse la pneumonie tue, en voyant mourir son bébé de 18 mois il y a trois ans.

"Je me suis rendu compte un samedi qu'il était malade.Quand il a eu du mal à respirer le lundi, je l'ai emmené se faire soigner", raconte-t-elle les yeux baissés.Le bébé a agonisé sur le dos de sa maman avant que cette dernière ait eu le temps d'atteindre, à pied, le dispensaire.

Clementine Mukandori a eu davantage de chance: le système de dépistage mis en place a permis à son fils Yves d'être dirigé rapidement vers le centre hospitalo-universitaire de Kigali.Encore sous masque à oxygène, le petit garçon devrait quitter l'établissement dans moins d'une semaine.

Le Rwanda a ensuite introduit en avril 2009 un vaccin contre le pneumocoque, la bactérie le plus souvent à l'origine de la pneumonie et également cause de méningite, devenant le premier pays en voie de développement à rendre ce vaccin obligatoire.

Cette innovation a bénéficié du soutien financier de l'Alliance mondiale pour les vaccins et l'immunisation (GAVI selon l'acronyme anglais), une organisation fondée sur un partenariat entre pays pauvres, organisations internationales, fabricants de vaccins et fondations privées.

"Maintenant, plus personne ne meurt de pneumonie", assure Pauline Mukabalisa, une infirmière de 46 ans.

Le paludisme a également reculé grâce à la distribution en masse de moustiquaires imprégnées d'insecticide.Si auparavant un quart des hospitalisations était dû au paludisme, désormais "les cas sont très rares, et nous pouvons passer un mois sans avoir de test sanguin positif en pédiatrie", témoigne Florent Rutagarama, pédiatre au centre hospitalier de Kigali.

Le Rwanda espère ne pas en rester là."Maintenant que nous avons de bons résultats avec les maladies à pneumocoques, les maladies digestives sont en tête" de nos priorités, indique le Dr Agnès Binagwaho, numéro deux du ministère rwandais de la santé.

Le pays doit introduire prochainement un vaccin contre les infections à rotavirus --deuxième cause de décès infantiles évitables dans le monde après les pneumocoques -- puis un vaccin pour protéger les femmes du cancer du col de l'uterus.