Les Djiboutiens élisent leurs députés, fraudes massives selon l'opposition

Par La rédaction

NAIROBI (AFP) - (AFP)

L'opposition a dénoncé en soirée des fraudes massives lors des législatives de vendredi à Djibouti, lors desquelles elle présentait un rare front uni face à la coalition soutenant le président Ismaël Omar Guelleh, au pouvoir depuis 1999.

La fermeture des bureaux de vote, prévue à 18H00 locales (15H00 GMT), a été retardée d'une heure "par instructions données aux présidents des bureaux de vote", a dénoncé Daher Ahmed Farah, porte-parole de l'Union pour le Salut national (USN), coalition regroupant les principaux partis de l'opposition djiboutienne qui avait boycotté le scrutin précédent.

"En ce moment, à la faveur de la prolongation, les bourrages d'urnes s'accélèrent", a-t-il ajouté, joint depuis Nairobi à Djibouti-Ville, soulignant que les délégués de l'USN avaient été expulsés de plusieurs bureaux, notamment dans la capitale, où vivent les trois-quarts des habitants de Djibouti.

Il a également dénoncé plusieurs bourrages d'urnes à travers le pays.

Selon M. Farah, des membres de la Garde républicaine, unité de l'armée chargée notamment de la sécurité présidentielle, ont voté à plusieurs reprises dans divers bureaux de la ville, munis de fausses "ordonnances" (délivrées aux jeunes devenus majeurs après la clôture des listes électorales) ou des "ordres de mission" les autorisant à voter dans n'importe quel bureau.

"En ce moment, ils continuent de tourner", a-t-il affirmé peu avant la clôture du scrutin, marqué selon lui par une "forte participation et une forte mobilisation".

Deux membres de l'USN, dont un candidat, ont également été arrêtés et retenus une heure par la police avant d'être relâchés, a-t-il ajouté.

Ces accusations n'ont pu être vérifiées de source indépendante et aucun responsable gouvernemental djiboutien n'était joignable à Djibouti.

Toute la journée, les communications ont été très difficiles, voire impossibles avec Djibouti, tant sur les téléphones portables que les lignes fixes, a constaté l'AFP depuis Nairobi.

"Ils ont coupé les réseaux téléphoniques", a affirmé depuis Paris à l'AFP Ahmed Hachin-Loita, porte-parole en Europe de l'Union pour la démocratie et la Justice (UDJ, opposition), membre de l'USN, qui n'a pu contacter des interlocuteurs à Djibouti-Ville qu'en fin d'après-midi.

Le vote s'est déroulé dans le calme, à l'exception d'un léger et bref incident, au cours duquel des pierres ont été lancées, a indiqué sur twitter l'Union pour la majorité présidentielle (UMP), coalition soutenant le président Guelleh.

Djibouti, petit pays d'environ 800.000 habitants, jouit d'une position très stratégique à l'entrée de la mer Rouge et abrite la plus importante base militaire française d'Afrique (environ 2.000 hommes) et la seule base militaire américaine du continent.

L'USN représente la plus sérieuse menace depuis dix ans pour l'UMP et le gouvernement du président Guelleh.L'UMP détient la totalité des 65 sièges du Parlement monocaméral depuis les législatives de 2008, boycottées par l'opposition qui avait dénoncé l'inéquité du mode de scrutin de liste à un tour.

L'élection de vendredi introduit pour la première fois une dose de 20% de proportionnelle.

Le président Guelleh - le deuxième seulement de l'histoire du pays depuis son indépendance en 1977 - a mis tout son poids dans la campagne, faisant valoir "qu'un président, pour exécuter son programme, avait besoin d'une majorité significative" au Parlement.

M. Guelleh, 65 ans, réélu pour cinq ans en avril 2011 pour un troisième mandat, lors d'une présidentielle aussi boycottée par l'opposition, a promis que ce mandat, obtenu après une révision de la Constitution, serait son dernier.