Libye: violents combats, Kadhafi arrive dans un hôtel de Tripoli où sont confinés les journalistes

8 mars 2011 à 21h07 par La rédaction

RAS LANOUF (Libye) (AFP)

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi s'est rendu tard mardi soir vers 23H15 (21H15 GMT) à l'hôtel Rixos de Tripoli, où la grande majorité des journalistes étrangers sont confinés, pour des interviews à des chaînes télévisées.

Habillé d'une tunique noire et coiffé d'un turban ocre, le colonel Kadhafi a traversé la foule de journalistes massée dans le hall de l'hôtel sans répondre à leurs questions, tout en levant les bras et serrant les poings en signe de victoire.

Les forces de Mouammar Kadhafi ont accentué mardi la pression sur la rébellion, bombardant par air et terre des positions dans l'Est de la Libye et combattant les insurgés à l'Ouest, au moment où les appels se multipliaient pour une zone d'exclusion aérienne.

Pour tenter de mettre fin à la répression sanglante des opposants, le président américain Barack Obama et le Premier ministre britannique David Cameron ont convenu "d'aller de l'avant dans la planification de toute la gamme de réactions possibles", dont l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne.

Affichant désormais ouvertement leur soutien à l'insurrection, les Etats-Unis et l'Union européenne ont rencontré des représentants du Conseil national de transition mis en place par la rébellion à Benghazi, épicentre de l'insurrection à un millier de km à l'est de la capitale Tripoli.

Le colonel Kadhafi, qui a juré de mater dans le sang la rébellion lancée il y a trois semaines, a mis en garde contre "toute atteinte" à son pays lors d'une conversation téléphonique avec le Premier ministre grec Georges Papandréou, selon l'agence Jana.

 Alors que les violences prennent des allures de guerre civile dans ce pays pétrolier, le marché redoute une crise prolongée qui affecterait les approvisionnements mondiaux et imposerait un recours aux stocks stratégiques de brut, ce qui catapulterait le baril à plus de 200 dollars.

La révolte, lancée le 15 février au prix de centaines de morts, a entraîné l'interruption des deux tiers de la production pétrolière du pays, avec le départ des compagnies pétrolières étrangères.

Malgré les sanctions internationales imposées au clan Kadhafi -gel des avoirs, interdiction de voyages-, l'ouverture d'une enquête de la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité, et les appels à s'en aller, le leader libyen s'accroche au pouvoir après plus de 40 ans de règne sans partage.

Ses forces tentent de stopper la progression vers l'Ouest des insurgés qui contrôlent la région orientale pétrolière ainsi que certaines localités de l'Ouest, lançant une opération de reconquête avec ses chars et avions contre les opposants moins bien armés.

L'aviation a bombardé intensément la ville pétrolière de Ras Lanouf, base la plus avancée de l'opposition dans l'Est, faisant un blessé et touchant un immeuble.La banlieue ouest du port pétrolier, à environ 300 km au sud-ouest de Benghazi, a été pilonnée et trois personnes ont été blessées, les rebelles parlant d'un déluge de feu.

A l'ouest de Tripoli, l'opposition contrôlait Zenten mais la ville était encerclée par les forces pro-Kadhafi, selon un témoin français.Les opposants contrôlent toutes les villes jusqu'à Nalout, près de la frontière tunisienne, a-t-il affirmé.

Les forces pro-Kadhafi ont lancé aussi un assaut sur Zawiyah, le bastion des insurgés le plus proche de la capitale, fief de M. Kadhafi, selon un ancien responsable libyen qui a fait défection, Mourad Hemayma.

"A chaque coin, il y a des gens qui tirent.Il (Kadhafi) veut prendre (Zawiyah) avant mercredi.La communauté internationale doit agir", a-t-il affirmé, joint au téléphone au Caire par l'AFP.Il a indiqué que des membres de sa famille avaient été tués et d'autres blessés dans la ville (40 km de Tripoli), assiégée par les chars du régime.

"Zawiyah est visée par une attaque d'envergure.Les civils sont attaqués directement", selon un site de l'opposition.

Mais le porte-parole du gouvernement libyen Moussa Ibrahim a affirmé qu'"il n'y a pas de bombardements à Zawiyah".

Face au bain de sang, les Occidentaux se concertent jeudi et vendredi à Bruxelles au sein de l'Otan et de l'UE, pour tenter d'aider l'opposition sans enfreindre le droit international ni déstabiliser la région.

Paris et Londres préparent un projet de résolution au Conseil de sécurité de l'ONU imposant une zone d'exclusion aérienne mais son adoption semble se heurter aux réticences de Moscou et Pékin.Ce sujet a été soulevé au Conseil de sécurité lors de consultations sur l'Afrique du Nord.

La Ligue arabe a prévu, elle aussi, une réunion de crise samedi pour évoquer cette question, après l'accord des monarchies arabes du Golfe et de l'Organisation de la conférence islamique pour la mise en place d'une telle zone.

L'UE a en outre approuvé de nouvelles sanctions contre la Libye, visant un fonds souverain et la Banque centrale, au moment où deux représentants du Conseil national ont dit à Strasbourg attendre que l'UE reconnaisse "le plus tôt possible" comme seule autorité légitime, avant de voir mercredi le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé.

Au Caire, des diplomates américains, dont Gene Cretz, l'ambassadeur américain en Libye, ont rencontré des membres du Conseil national, a indiqué le département d'Etat, appelant de nouveau M. Kadhafi à quitter le pouvoir et la Libye.

L'opposition a entretemps rejeté toute négociation avec le régime exigeant que le leader libyen quitte le pays et promettant le cas échéant de ne pas engager de poursuites pénales contre lui.La télévision officielle libyenne a de son côté jugé "impensable" que M. Kadhafi "puisse prendre contact avec des agents ayant fait appel aux étrangers contre leur propre pays".

Alors que près de 200.000 personnes ont fui les combats en Libye, l'ONU a chargé l'ex-ministre jordanien des Affaires étrangères Abdel Ilah Khatib d'entreprendre des "consultations urgentes" avec Tripoli sur la crise humanitaire.