Mandat d'arrêt contre Ben Ali, remaniement crucial attendu

Par La rédaction

TUNIS (AFP)

 La justice tunisienne a lancé un mandat d'arrêt international contre l'ancien président Ben Ali et son épouse Leïla Trabelsi, alors qu'un remaniement ministériel crucial était attendu mercredi pour tenter de calmer la colère de la rue contre le gouvernement de transition. 

L'ancien président et son épouse sont poursuivis pour "acquisition illégale de biens mobiliers et immobiliers" et "transferts illicites de devises à l'étranger", a annoncé le ministre de la Justice Lazhar Karoui Chebbi.

Le président Ben Ali a fui le 14 janvier la Tunisie, sous la pression d'une révolte populaire sans précédent, et a trouvé refuge en Arabie Saoudite.

Son épouse Leïla, honnie par la population pour avoir mis le pays en coupe réglée en faisant main basse sur des pans entiers de l'économie, a également quitté le pays, à une date et pour une destination inconnues.

Benhassen Trabelsi, frère de Leïla Trabelsi, lui-aussi en fuite, est également visé par cette enquête ainsi que huit autres membres de la famille Trabelsi détenus en Tunisie.

Le ministre de la Justice a par ailleurs indiqué que six (bien six) membres de la garde présidentielle, dont l'ancien chef de la sécurité du président de Ben Ali, le général Ali Sériati, étaient poursuivis dans le cadre d'une enquête distincte visant des exactions contre la population et les forces de sécurité.

La justice tunisienne avait déjà annoncé l'ouverture d'une information judiciaire le 16 janvier visant notamment le général Sériati pour "complot contre la sécurité intérieure de l'Etat, incitation à commettre des crimes et à s'armer et provocation au désordre".

Homme clé de la sécurité du président déchu, il est considéré comme le commanditaire de la campagne de terreur menée par des miliciens armés fidèles à l'ancien président dans les jours qui ont immédiatement suivi sa chute.

Ces hommes avaient semé la terreur en commettant des exactions contre des civils et en tirant sur des membres des forces de sécurité à Tunis et dans d'autres villes du pays.

Dans l'attente de l'annonce dans la journée d'un remaniement du gouvernement de transition, très décrié en raison de la mainmise de caciques de l'ancien régime aux postes-clés (Défense, Intérieur, Justice, Affaires étrangères), l'ambiance était tendue aux abords des bureaux du Premier ministre.

La police a tiré dans la matinée des grenades de gaz lacrymogène contre des manifestants voulant forcer un barrage et qui leurs jetaient des pierres.

Parallèlement, des milliers de manifestants ont réclamé mercredi la démission du gouvernement tunisien de transition, à Sfax, la deuxième ville du pays, où était convoquée une grève générale, selon des images retransmises par la télévision nationale.

Selon des sources syndicales interrogées par l'AFP, les manifestants étaient "au moins 50.000".Mais cette évaluation n'était pas immédiatement vérifiable de source indépendante.

Ils étaient toutefois au moins plusieurs milliers, selon une estimation de l'AFP, à partir des images diffusées au journal de la télévision publique.

"Le peuple demande la dissolution du gouvernement!", "Tunisie libre RCD (ancien parti au pouvoir) out!" et "Révolution jusqu'à la victoire, de Tunis jusqu'au Caire", ont scandé les manifestants, selon des syndicalistes.

 La grande inconnue réside dans l'accueil que réserveront les manifestants à ce remaniement.Les cinq ministres ayant démissionné la semaine dernière, trois syndicalistes, un opposant et un membre de l'ancien régime, vont être remplacés et l'on s'attendait à ce que d'autres ministres ayant servi sous Ben Ali quittent l'exécutif en signe d'appaisement.

"Nous avons une seule demande: que le gouvernement tombe, ils doivent tous partir, Ghannouchi le premier", a déclaré à l'AFP Bassem El Barouni, un jeune Tunisien parmi les centaines de manifestants qui ont campé pour la troisième nuit de suite sous les fenêtres du Premier ministre.

M. Ghannouchi, dernier en date des Premiers ministres de Ben Ali, qui a occupé le poste pendant onze ans, est également très contesté par les protestataires qui réclament sa tête.

La révolution tunisienne fait des émules en Egypte où des manifestations anti-régime d'une ampleur sans précédent en trente ans de pouvoir du président Hosni Moubarak, ont fait au total quatre morts.Leurs organisateurs ont appelé à de nouveaux rassemblements mercredi malgré l'interdiction des autorités.

L'Union européenne, à l'instar des Etats-Unis, a exhorté mercredi l'Egypte à écouter les demandes de changement politique des manifestants, dressant un parallèle avec la révolution en Tunisie.

La France a par ailleurs relevé de ses fonctions son ambassadeur en Tunisie, Pierre Ménat, qui fait les frais des erreurs d'appréciations de la diplomatie française lors de la révolution tunisienne.

 Pour les Tunisiens, pas de doute, "leur révolution" inspire les autres peuples arabes opprimés par des dictateurs.Réactions dans les rues de Tunis après les manifestations égyptiennes.Durée: 00:57