Mogadiscio: les shebab toujours à l'offensive visent un axe stratégique

Par La rédaction

MOGADISCIO (AFP)

Au troisième jour de leur offensive à Mogadiscio contre les "apostats", les insurgés islamistes shebab ont concentré leurs attaques sur le dernier axe stratégique tenu par les forces gouvernementales somaliennes et les troupes de l'Union africaine (Amisom).

L'avenue Maka al-Mukarama, qui relie sur près de sept kilomètres l'aéroport, la présidence et le port, et marque la limite des quelques quartiers de la capitale encore sous contrôle du gouvernement de transition (TFG), a été toute la journée et en plusieurs endroits le théâtre de violents combats.

Faisant usage d'armes lourdes et de batteries anti-aériennes en tirs tendus, les combattants islamistes ont attaqué notamment des positions d'une milice pro-gouvernementale, Ahlu Sunna wal Jamaa (ASWJ), et de l'Amisom, déclenchant une violente riposte.

"Nous avons avancé dans les positions ennemies et nos forces ont presque coupé la route Maka Al-Mukarama, qui sert au ravitaillement de l'adversaire", a affirmé un porte-parole militaire des shebab, Sheikh Abdiaziz Abu-Muscab.

 Des responsables du TFG ont démenti ces déclarations, affirmant "toujours contrôler la zone, même si les militants d'al-Qaïda ont tenté de pénétrer plusieurs de nos positions ce matin".

"Nous tenons toujours nos positions.(...) Il n'y a pas de raison de s'alarmer, la situation est sous contrôle", a affirmé à la mi-journée le porte-parole de l'Amisom, le major ougandais Ba-Hoku Barigye.

Depuis le lancement de leur vaste offensive lundi, baptisée "opération éliminer les apostats", les shebab ont fait de cet avenue Maka al-Mukarama un de leurs principaux objectifs.

"Le gouvernement apostat ne contrôle plus qu'une des quatre routes principales de Mogadiscio et, avec l'aide de Dieu, nos combattants couperont cette route et ainsi les lignes d'approvisionnement de l'ennemi", a expliqué le porte-parole militaire des shebab.

S'ils parvenaient à leur fin, les combattants islamistes porteraient un coup sévère au TFG et à l'Amisom, perturbant leur lignes logistiques et confinant encore un peu plus leurs adversaires sur une étroite bande de terre le long de la mer.

 Comme chaque jour, les affrontements ont baissé d'intensité dans l'après-midi, faisant place en début de soirée à des échanges d'artillerie sporadiques dans les zones contestées, au sud et au nord de la ville.

En trois jours, au moins 72 civils ont été tués dans les affrontements, dont six mercredi, fauchés par des balles perdus ou des obus de mortiers.

Mardi, 33 personnes, dont quatre parlementaires, avaient été tuées dans une attaque-suicide des shebab contre un hôtel abritant députés et officiels du TFG.

Aucun bilan sur les pertes des belligérants n'était disponible de source indépendante.

Les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France ont condamné ces violences.Le pape Benoît XVI a également espéré mercredi "qu'aucun effort ne sera épargné pour rétablir le respect de la vie et des droits de l'homme".

L'Ethiopie, dont les troupes avaient occupé la Somalie de 2006 à 2009, et évoqué début août un possible retour dans "l'hypothèse improbable" où l'Amisom aurait besoin d'être secourue, a appelé à la "destruction des shebab et de leurs combattants étrangers qui ne cessent de semer la mort et le chaos (...)".

 Les shebab, qui se réclament d'al-Qaïda et de son idéologie du jihad mondial, tiennent l'essentiel du centre-sud de la Somalie et lancent régulièrement des attaques contre le TFG et l'Amisom à Mogadiscio.