Mozambique: l'opposition rejette par avance le résultat des élections

Par La rédaction

Maputo (AFP)

La Renamo, premier parti d'opposition au Mozambique, a plongé le pays dans l'incertitude jeudi en annonçant qu'elle rejetait par avance les résultats des élections présidentielle et législatives de mercredi, soupçonnant le pouvoir de fraude.

Ancienne guérilla toujours en possession de ses armes, la Renamo a les moyens de déstabiliser le pays, qui commence à exploiter ses immenses richesses gazières récemment découvertes.

"Nous n'acceptons pas le résultat de ces élections (...) Nous pouvons dire catégoriquement que nous avons gagné ces élections", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la Renamo Antonio Muchanga, alors même que les résultats connus portaient sur moins d'un quart des bureaux de vote.

"Ce n'est pas une question de victoire ou de défaite, mais de transparence", a-t-il dit par ailleurs.

Selon ces chiffres encore très partiels, Filipe Nyusi, le candidat du Frelimo, le parti au pouvoir depuis l'indépendance en 1975, est en tête avec 63,02% des voix.Très loin des 75% engrangés par son prédécesseur Armando Guebuza à la présidentielle de 2009.

Il devance le chef de la Renamo, l'ex-guérillero Afonso Dhlakama, crédité de 29,42%, et le candidat du MDM, un parti de création récente, Daviz Simango (7,56%).

Le porte-parole de la Renamo n'a pas indiqué sur quelle base il revendiquait la victoire dans ces élections présidentielle et législatives, qui se tenaient le même jour.

Son parti avait dénoncé dès mercredi des tentatives de fraudes, mais il n'a pas non plus donné de détails sur ces présumés incidents.

- "Situation sous contrôle" -

 

Le scrutin a pourtant pu être organisé grâce à un accord de paix signé in extremis en septembre entre l'Etat et la Renamo, dont le chef Afonso Dhlakama avait pris le maquis fin 2012, orchestrant une guérilla larvée qui a fait des dizaines de morts pendant deux ans.

Sorti de la clandestinité début septembre, il a mené une campagne dynamique qui a mobilisé des foules enthousiastes, notamment parmi les jeunes.

Les observateurs internationaux avaient souligné le calme dans lequel le scrutin s'est déroulé, ne signalant pas d'incidents majeurs."Nous avons noté quelques irrégularités, mais je dirais que dans l'ensemble, jusqu'au moment de la clôture, cela s'est bien passé.C'était calme", a déclaré jeudi à l'AFP la responsable des observateurs de l'Union européenne, Judith Sargentini.

Quelques incidents ont été signalés dans la soirée de mercredi.

A Nampula (nord), des policiers anti-émeute ont dispersé une foule qui s'était rassemblée près d'un bureau de vote pour vérifier le dépouillement, a affirmé le représentant dans la région du MDM, Elias Nquiri (opposition).

Par ailleurs, "un jeune homme a reçu une balle dans le pied alors qu'il tentait d'empêcher un responsable du Frelimo de bourrer les urnes", dans la province centrale de Sofala, a indiqué le porte-parole du MDM Sandes Carmona.

Un porte-parole de la commission électorale nationale, Paulo Cuinica, a déclaré à l'AFP: "il y a eu quelques incidents ici et là, mais d'une manière générale la situation est sous contrôle".

La situation au Mozambique est également scrutée par les investisseurs internationaux, alors que le pays commence à ouvrir l'exploitation de gigantesques gisements gaziers off-shore découverts récemment dans le Nord.Ces réserves pourraient propulser le Mozambique au quatrième rang mondial de la production gazière si elles sont commercialement viables.

Choisi en début d'année par le Frelimo, M. Nyusi, 55 ans, devrait devenir le prochain président du Mozambique et gérer cette transition économique.

La grande majorité des 25 millions d'habitants du pays vit dans le dénuement, même ceux titulaires d'un diplôme, et dépend des maigres ressources d'une agriculture vivrière, alors que les loyers flambent pour les nouveaux riches de la capitale Maputo.