Nigeria: un mouvement chiite accuse la police d'avoir tué six de ses membres

Par AFP

AFRICA RADIO

Un mouvement chiite nigérian a accusé la police d'avoir tué mardi six de ses membres lors des processions religieuses de l'Achoura, qui avaient été interdites par les autorités, à travers le pays.

Le Mouvement islamique du Nigeria (MIN, pro-iranien) avait choisi de maintenir ses processions pour célébrer l'Achoura, la plus grande fête religieuse chiite, qui marque l'anniversaire du martyr de l'imam Hussein, le troisième successeur du prophète Mahomet."Nos membres ont été attaqués dans plusieurs villes. A Kaduna (nord), la police a ouvert le feu sur la procession, tuant trois personnes et en blessant 10", a annoncé à l'AFP Ibrahim Musa, porte-parole du MIN.Il a aussi fait état d'un mort à Sokoto (nord). Dans la capitale Abuja, les célébrants ont été dispersés à coups de gaz lacrymogènes.Un autre porte-parole du groupe, Saleh Usman Deba, a indiqué que deux militants avaient été tués à Gombe (nord-est).Contactée par l'AFP, la police n'a pas souhaité commenter ces affirmations.Lundi, la police avait prévenu que toute personne qui défierait l'interdiction des autorités serait traité comme un "terroriste".Le MIN est un groupe représentant la minorité chiite du Nigeria où la majorité des musulmans est d'obédience sunnite.Inspiré par la révolution iranienne et revendiquant des millions de fidèles dans le nord du Nigeria, il a manifesté quasi quotidiennement ces derniers mois dans la capitale Abuja pour obtenir la libération de son dirigeant et fondateur, Ibrahim Zakzaky.Au moins huit personnes, six manifestants, un journaliste et un policier, avaient été tués le 22 juillet dans des violences pendant une marche. Le MIN, qui avance un bilan de 20 morts dans ses rangs, a été interdit par la présidence nigériane quelques jours plus tard et le groupe qualifié d"organisation "terroriste" par la police.Ibrahim Zakzaky, qui serait âgé d'environ 65 ans, est détenu avec son épouse depuis leur arrestation en décembre 2015 après la répression d'une manifestation qui avait fait plusieurs centaines de morts.Il avait été autorisé en août à se rendre en Inde pour y être soigné, mais il était rentré au Nigeria, se plaignant de s'être vu refuser l'accès aux médecins de son choix et d'avoir été placé sous surveillance étroite.Le MIN, apparu comme un mouvement étudiant en 1978 avant de muer en groupe révolutionnaire, est aujourd'hui encore proche de Téhéran et suscite une grande hostilité au Nigeria, où l'élite musulmane sunnite ne cache pas ses affinités avec l'Arabie saoudite.La minorité chiite nigériane compterait environ 4 millions de fidèles sur les quelque 190 millions d'habitants du pays dont le Sud est majoritairement chrétien.