Ouest ivoirien: les forces pro-Ouattara à l'offensive, combats à Duékoué

28 mars 2011 à 13h58 par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

Les forces soutenant le président ivoirien reconnu par la communauté internationale Alassane Ouattara ont lancé lundi leur plus grande offensive depuis le début de la crise post-électorale, en attaquant la ville de Duékoué, carrefour stratégique de l'ouest du pays.

Les combattants pro-Ouattara, qui progressent dans l'Ouest frontalier du Liberia depuis fin février, ont attaqué vers 05H00 (locales et GMT) et affrontaient toujours vers 15H00 l'armée fidèle au président sortant Laurent Gbagbo, appuyée par des miliciens, qui tiennent l'agglomération.

Ces combats, quatre mois exactement après le scrutin contesté du 28 novembre, interviennent au moment où la situation humanitaire ne cesse de se dégrader, avec selon l'ONU près d'un million de déplacés.

La ville constitue un important carrefour de l'Ouest ivoirien: la route de l'est mène à la capitale politique Yamoussoukro et celle du sud au port de San Pedro, plus grand port d'exportation de cacao au monde, dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial.

"Nous avons engagé les hostilités pour sécuriser le Grand Ouest, en particulier Duékoué et Guiglo (à une trentaine de km au sud-ouest), où des miliciens sèment la terreur", a indiqué à l'AFP le porte-parole militaire des Forces républicaines (pro-Ouattara), Seydou Ouattara.

 A la mi-journée, il a affirmé que Duékoué était "entièrement sous contrôle".Mais cette affirmation a très vite été démentie par plusieurs habitants joints par téléphone depuis Abidjan, assurant que les combats se poursuivaient.

Des détonations d'armes lourdes ont pu être entendues par l'AFP au cours de ces entretiens téléphoniques.

Les Forces républicaines, qui regroupent essentiellement des ex-rebelles des Forces nouvelles (FN) contrôlant le Nord depuis leur putsch manqué de 2002, ont attaqué sur plusieurs axes Duékoué, située à une quarantaine de kilomètres au sud de l'ex-ligne de front de 2002-2003 et comptant avant la crise plusieurs dizaines de milliers d'habitants.

"Nos positions ont été attaquées par des rebelles dès 05H00 (locales et GMT) sur la base située à l'entrée ouest de Duékoué", a confirmé à l'AFP un militaire des Forces de défense et de sécurité (FDS) loyales au président sortant.

Les habitants se terrent chez eux, attendant une accalmie."Les tirs de mortiers continuent, dans n'importe quel sens.On reste chez nous.On a vu des FDS (Forces de défense et de sécurité, loyales à M. Gbagbo) dans la rue", a indiqué l'un d'eux.

"Beaucoup de gens sont venus se réfugier dans la mission catholique de la ville", a-t-il précisé.

"On entend les tirs à l'arme lourde, les combats continuent.Nous sommes sous le lit, on ne peut prendre le risque de se lever", a dit un autre témoin.

Les forces pro-Ouattara ont pris cinq localités depuis fin février dans l'Ouest, où les combats provoquent d'importants déplacements de population.

Plus de 90.000 Ivoiriens se sont réfugiés au Liberia depuis le début de la crise, dont plus de la moitié depuis fin février.

Les violences depuis le début de la crise post-électorale ont déjà fait 462 morts, essentiellement des civils, selon l'ONU.Mais selon le camp Ouattara, le bilan est beaucoup plus lourd: au moins 832 morts.

Une issue pacifique paraissait plus lointaine que jamais, M. Ouattara ayant récusé le haut représentant nommé par l'Union africaine, l'ex-ministre cap-verdien des Affaires étrangères José Brito, censé engager des négociations entre les deux camps.