Pirates en Somalie: le procès de la prise d'otage du voilier Tanit se termine

Par La rédaction

Rennes (AFP)

Le procès à Rennes des trois pirates somaliens accusés d'avoir pris en otage les cinq occupants du voilier Tanit au large de la Somalie en 2009 se termine vendredi, avec pour enjeu désormais la peine qui sera prononcée à l'encontre des pirates, qui encourent la perpétuité.

Quatre ans et demi après le drame, qui s'était déroulé entre le 4 et le 10 avril 2009 et s'était soldé notamment par la mort du skipper Florent Lemaçon, tué accidentellement lors de l'assaut des commandos de marine, la semaine de procès devant la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine a permis aux victimes et à leurs familles d'obtenir des réponses à leurs questions et de mieux cerner le profil des accusés.

"Mes clients sont arrivés dans cette enceinte sans aucune confiance dans la justice de leur pays" mais "ils en repartent avec le vrai sentiment qu'une oeuvre de justice a été faite", a souligné vendredi matin lors de sa plaidoirie l'avocat des parties civiles, Me Arnaud Colon de Franciosi.Il a précisé que ses clients n'étaient pas venus au procès "par vengeance" envers les trois pirates, mais "pour que les responsabilités des uns et des autres soient démontrées".

Les trois Somaliens, Mohamed Mahamoud, Abdelkader Osmane Ali et Mahamoud Abdi Mohamed, âgés de 26 à 31 ans, se sont présentés comme des "exécutants", des jeunes désoeuvrés, affamés, qui ont cédé à la tentation d'une vie plus facile avec ce piratage qui était "comme braquer une banque", selon les termes de l'un d'eux.

Les trois hommes, qui comparaissent depuis lundi pour "détournement de navire par violence ou menace, arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire de plusieurs personnes commis en bande organisée", encourent la réclusion criminelle à perpétuité.L'un d'eux comparaît toutefois libre.

Le 4 avril 2009, ils avaient attaqué le voilier de 12 mètres qui croisait à plus de 900 km des côtes somaliennes avec à bord Florent Lemaçon, Chloé et leur fils Colin, trois ans et demi, ainsi que deux équipiers.

Le 10 avril, lors d'une opération des commandos français pour libérer les otages, les deux chefs pirates à bord ont été tués, ainsi que Florent Lemaçon, touché par erreur.

Au cours de leur procès, les trois pirates rescapés, interpellés et conduits en France pour être jugés ont tous exprimés leurs regrets et demandé pardon."Je n'ai jamais voulu causer la mort de quelqu'un, j'aurais préféré mourir moi-même", a assuré Mohamed.

Ils ont expliqué, dans un contexte de traductions difficiles durant tout le procès, avoir été piégés par le recruteur et chef des pirates et s'être sentis "redevables" envers cet homme après que celui-ci leur eut offert nourriture, khat ou encore vêtements.Ce suspect n'a pas été extradé.

Toutefois, "la misère, ça ne justifie pas tout", a relevé mercredi l'ex-ministre de la Défense Hervé Morin, comme l'ont aussi fait d'autres témoins lors de cette audience.

"Raison d'Etat"

Les responsables militaires appelés à la barre ont confirmé que la mort du skipper était bien due à une balle française, et qu'ils l'ont su dès la fin de l'opération commando le 10 avril.

"A aucun moment ils (mes clients, ndlr) n'ont mis en cause l'armée", a dit Me Arnaud Colon de Franciosi, rappelant qu'à "titre personnel de nombreux militaires ont exprimé beaucoup de compassion" envers les victimes, et de l'aide "sur le plan humain".

Mais "les dirigeants de l'Etat français avaient pris la décision de donner une leçon aux dirigeants pirates à terre", a-t-il dit."Florent Lemaçon est mort, pour moi, pour la raison d'Etat.On a souhaité que cette opération soit un signe très fort envers les Somaliens, les otages sont passés au second plan", a-t-il afffirmé.

Il a rappelé aux jurés, qui devront répondre à 54 questions lors de leurs délibérations, que les trois jeunes Somaliens qui comparaissent ne sont pas là pour la mort de Florent Lemaçon, et a juste demandé à leur encontre "une juste peine".

L'avocat général Brigitte Ernoult-Cabot devait faire ses réquisitions en fin de matinée et la décision de la cour d'assises est attendue en fin de journée.