RDC: décision attendue sur un recours en annulation, Kabila déjà félicité

Par La rédaction

KINSHASA (AFP) - (AFP)

La Cour suprême de justice (CSJ) en République démocratique du Congo devait se prononcer vendredi sur le recours en annulation des résultats provisoires de la présidentielle pour fraudes déposé par un opposant, avant de confirmer ou non samedi la réélection de Joseph Kabila, déjà félicité par plusieurs pays voisins.

Sans attendre les résultats définitifs de la CSJ, l'Ouganda, le Kenya, la Zambie, la Tanzanie, le Burundi et la République centrafricaine ont "félicité" vendredi le président Kabila pour sa réélection.

Les chefs d'Etat de ces pays de la région des Grands ont appelé "ceux qui ne sont pas satisfaits du résultat de l'élection à l'accepter et à travailler à reconstruire le pays", dans une déclaration commune à l'issue d'un sommet à Kampala.La veille, l'Afrique du Sud avait jugé "globalement OK" les élections.

Dans son recours en annulation de l'élection à un tour du 28 novembre examiné jeudi par la CSJ, l'opposant Vital Kamerhe (3e du scrutin avec 7,54%), a dénoncé notamment des "violations intentionnelles" de la loi électorale par Commission électorale (Céni), "la circulation illégale" de bulletins de vote avant le scrutin, ou encore des différences entre des résultats de la Céni et ceux publiés dans les bureaux de vote.

M. Kamerhe et ses avocats ont quitté l'audience en dénonçant "une parodie" de justice, accusant la CSJ de n'avoir pas transmis aux autres candidats leur requête.Le ministère public a jugé le recours "recevable mais non fondé", et la Cour a mis sa décision en délibéré à vendredi.

Samedi, la Cour suprême devrait vraisemblablement confirmer les résultats provisoires annoncés le 9 décembre par la Céni qui a donné la victoire au président sortant Kabila (48,95 %) devant l'opposant Etienne Tshisekedi (32,33 %).Ce dernier a rejeté ce résultat et s'est autoproclamé "président élu" de la RDC.

Etienne Tshisekedi a cependant d'emblée écarté toute idée de contester les résultats devant la Cour suprême, en la qualifiant "d'institution privée de Kabila".

L'annonce de la Céni avait déclenché des violences pendant deux jours, particulièrement dans la capitale Kinshasa où au moins cinq personnes ont été tuées, selon les autorités.Les forces de l'ordre ont procédé à plusieurs arrestations, notamment dans le quartier de Limete (est), où le parti de M. Tshisekedi - l'Union pour la démocratie et le progrès social, UDPS - a son siège.

La ville avait été placée sous haute surveillance policière et militaire jusqu'en début de semaine et la vie a repris progressivement un cours normal depuis.

Des violences pourraient à nouveau éclater après l'annonce des résultats définitifs de la CSJ.

Des rapports d'observateurs nationaux et internationaux, notamment de l'Union européenne et du Centre Carter, ont déploré le "manque de transparence" ou de "crédibilité" du processus électoral, entaché de nombreuses "irrégularités", comme l'ont également souligné les Etats-Unis.

Le président Kabila, qui ne s'est pas encore adressé à la nation depuis le 9 décembre, a reconnu des "erreurs" lors de la présidentielle tout en estimant qu'elles n'invalidaient pas les résultats, lors d'une conférence de presse en anglais lundi pour des médias anglophones principalement.

Après avoir fait appel à l'ONU, l'Union européenne et l'Union africaine notamment, "en vue de solliciter leur médiation", l'UDPS a demandé au "peuple de protéger" sa victoire à travers des "manifestations pacifiques".Aucune indication de lieu ni de date n'a cependant été donnée pour ces manifestations.

En province, des "marches pacifiques" de l'opposition, qui ont rassemblé quelques centaines de personnes à Goma, Bukavu (est) et Lubumbashi (sud-est), ont très vite été dispersées par la police ou l'armée.

A Lubumbashi, les soldats de la Garde républicaine ont violemment stoppé la marche, et à Goma, des opposants ont été arrêtés.

Le président élu doit prêter serment mardi.