Rwanda: raz-de-marée électoral pour Kagame, grenade à Kigali

Par La rédaction

KIGALI (AFP)

Au moins sept personnes ont été blessées mercredi soir à Kigali dans une attaque à la grenade, au soir de la réélection triomphale du président sortant  Paul Kagame, reconduit à la tête du pays pour sept ans avec un score fleuve de 93% des voix.

Pour la quatrième fois depuis février, une grenade a été lancée en plein centre-ville à une heure de grande affluence, cette fois près de la gare routière et vers 19H00 (17H00 GMT).

"Il y a eu au moins sept blessés, dont deux enfants", a annoncé la police, qui a fait état de l'arrestation de "trois suspects".

Cette attaque est intervenue quelques heures après la proclamation des "résultats complets" de l'élection présidentielle de lundi, qui s'était déroulée sans incident notable.

Le chef de l'Etat sortant et candidat ultra-favori "a rassemblé 4.638.560 votes en sa faveur, soit 93,08% des bulletins exprimés", selon la Commission électorale nationale (NEC).

Ses trois challengers, Jean Damascene Ntawukuriryayo du Parti social démocrate (PSD), Prosper Higiro et Alvera Mukabaramba, ont obtenu respectivement 5,15%, 1,37% et 0,4% des suffrages.Le taux de participation a atteint 97,51%.

Sans rival ni véritable opposition, Paul Kagame, 52 ans, sollicitait un nouveau et second mandat de sept ans, après une première élection triomphale en 2003 avec 95% des voix.

Il dirige le Rwanda depuis qu'il a mis un terme au génocide des Tutsi en juillet 1994, à la tête de la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR), devenu parti qui contrôle encore aujourd'hui tous les échelons de la vie politique.

Pour cette seconde élection présidentielle depuis les massacres, M. Kagame était opposé à trois candidats qui l'avaient soutenu en 2003.Trois partis récemment apparus, dont deux non reconnus par les autorités, étaient de facto exclus du vote et ont dénoncé une "farce électorale".

Dès lundi soir, des dizaines de milliers de partisans du président sortant avaient célébré avec lui au grand stade de Kigali cette "victoire" annoncée.

Tout au long d'une campagne impeccablement organisée par le FPR, relayée jusque sur la moindre colline et sur internet, l'hyper-candidat Kagame a mobilisé des centaines de milliers de Rwandais et mis en avant les progrès socio-économiques du Rwanda depuis 16 ans, promettant de "poursuivre la bataille pour le développement, la paix et l'unité du paix".

L'ex-chef rebelle à la poigne de fer n'aura eu de cesse de rejeter avec mépris les "préjugés" de la presse étrangère et les critiques internationales sur son bilan en matière de liberté d'expression et d'opinion.

Opposants en exil et organisations de défense des droits de l'homme dénoncent régulièrement le caractère répressif et ultra-autoritaire du régime FPR.

Ces reproches se sont accrus alors que se multipliaient les signes de tension à l'approche de la présidentielle: une série de trois attaques à la grenade à Kigali entre février et mai qui ont fait au moins quatre morts, les meurtres d'un journaliste et d'un opposant en juin, et des "menaces, agressions et actes de harcèlement" contre l'opposition, selon l'organisation Human Rights Watch (HRW).

Depuis trois ans, des fractures sont apparues au grand jour au sein de l'élite tutsi anglophone du FPR, avec la fuite en exil de l'ex-chef des services secrets Patrick Karegeya en 2007, puis celle du général Nyamwasa en février dernier, victime d'une mystérieuse tentative d'assassinat le 19 juin.

Les autorités rwandaises accusent le général Nyamwasa d'être derrière les attaques à la grenade de février-mai.De son côté, Karegeya, autrefois l'une des personnalités clés du régime, a récemment appelé les Rwandais à "se soulever" contre le dictateur Kagame.

Plusieurs officiers de haut-rang ont également été arrêtés ces derniers mois, officiellement accusés de corruption ou de malversations.