Sénégal: le gouvernement annonce une enquête "indépendante" sur les troubles de mars

Par AFP

AFRICA RADIO

Le gouvernement sénégalais a annoncé jeudi la création d'une commission d'enquête "indépendante" sur les troubles de début mars, les plus graves que ce pays réputé pour sa stabilité ait connus depuis des années.

Il s'agit de "rétablir les faits, notre part de vérité", a déclaré devant la presse le ministre des Forces armées Sidiki Kaba.Le gouvernement a été accusé par l'opposition d'être responsable de la mort d'au moins 13 personnes tuées selon elle dans la répression de la contestation. Des organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch ont dénoncé un usage excessif de la force par les policiers et les gendarmes, le recours à des tirs à balles réelles ainsi que la présence aux côtés des forces de l'ordre d'individus en civil non-identifiés et présentés par l'opposition comme des hommes de main du pouvoir.Le ministre s'est inscrit en faux contre les versions laissant "entendre que l'entière responsabilité de tous les faits, des morts, des blessés, des pillages sont le fait du gouvernement du Sénégal".Il n'a pas écarté l'éventualité que des policiers ou des gendarmes aient isolément violé la loi, et assuré qu'il "n'y aura pas d'impunité" pour eux si les faits sont établis.Mais le président Macky Sall avait donné pour instruction de ne pas tirer sur les manifestants, et les forces de l'ordre "ont fait preuve de tenue, de retenue, de sang-froid et de professionnalisme; n'eût été cela nous aurions eu un bain de sang", a-t-il dit."Le Sénégal n'est pas un enfer des droits de l'Homme", a-t-il déclaré. Il a invoqué la situation exceptionnelle causée par la pandémie de Covid-19 et la crise économique, dans laquelle la plainte pour viols contre le député d'opposition Ousmane Sonko a fait l'effet d'un "ouragan".Principal opposant au président Sall, Ousmane Sonko dénonce dans cette plainte un "complot" pour lui faire barrage à la présidentielle de 2024.Une commission "indépendante et impartiale" sera chargée de "rétablir la vérité", a dit le ministre. Elle sera ouverte à l'opposition et à la société civile, a-t-il dit sans en préciser la composition ni le calendrier.Elle tâchera de dresser un bilan humain des violences, sur lequel le gouvernement n'a toujours pas communiqué officiellement, a-t-il dit. Elle déterminera les responsabilités et la présence ou non d'hommes de main dans les rangs des forces de sécurité, ou de "forces occultes" au sein de la contestation, a-t-il dit.Le ministre de l'Intérieur Antoine Félix Diome avait évoqué le 5 mars l'implication de telles "forces occultes" dans les manifestations, sans qu'apparaisse de quoi il parlait. Ces propos ont donné lieu dernièrement à des spéculations sur une possible référence à des rebelles de Casamance, région du sud du Sénégal en proie à une guérilla indépendantiste.