Somalie: l'exécutif divisé, un obstacle de plus au retour à la paix

28 novembre 2013 à 10h07 par La rédaction


Mogadiscio (AFP)

L'exécutif somalien, présenté à son arrivée au pouvoir l'an dernier comme la meilleure chance en 20 ans d'un retour à la paix en Somalie, est aujourd'hui rongé par des rivalités internes qui menacent la lutte contre les islamistes shebab, avertissent des experts.

Le Premier ministre Abdi Farah Shirdon a récemment refusé de démissionner comme le lui demandait le président Hassan Sheikh Mohamud et fait désormais face à une motion de défiance devant le Parlement.

L'origine du conflit est peu claire, mais des hommes politiques somaliens mettent en avant affaires de corruption, histoires de loyauté combinées au complexe système clanique somalien, selon lequel chaque groupe communautaire est censé trouver sa place au sein du pouvoir.

"Le Premier ministre nous a dit qu'il était à couteaux tirés avec le président sur plusieurs dossiers, notamment sur la composition du gouvernement", a expliqué un député, Mohamed Yusuf.

L'actuel gouvernement a pris ses fonctions en août 2012.Il s'agit du premier exécutif somalien depuis la chute du président Siad Barre en 1991 à bénéficier d'une réelle reconnaissance sur la scène internationale.

Mais, alors que le pays, fracturé par deux décennies de conflit quasi-incessant, doit encore se construire une solide administration centrale, les luttes de pouvoir semblent avoir pris le pas sur les dossiers.

Les tensions au sein de l'exécutif ont surgi au grand jour début novembre, quand la gouverneure de la Banque centrale, Yussur Abrar, a jeté l'éponge, affirmant, malgré les démentis du gouvernement, avoir subi des pressions pour prolonger des contrats douteux.

Son prédécesseur, Abdusalam Omer, avait dû démissionner en septembre, quand des experts de l'ONU avaient dénoncé des détournements de millions de dollars et accusé la Banque centrale d'être devenue une "caisse noire" de dirigeants somaliens.Des accusations là encore démenties par Mogadiscio.

"Les bailleurs internationaux sont encore derrière le gouvernement parce que c'est la seule option, et ils offrent l'opportunité de poursuivre l'offensive contre les shebab", glisse une source occidentale.

Depuis plus de deux ans, les shebab ont été chassés de Mogadiscio et de tous leurs bastions du sud et du centre somaliens par la fragile armée somalienne, épaulée par la Force de l'Union africaine (Amisom) et par un corps expéditionnaire éthiopien.Mais ils contrôlent encore de vastes zones rurales.

Les shebab, bénéficiaires des rivalités

Selon la source occidentale, l'optimisme qui avait accompagné la nomination du nouveau gouvernement s'est depuis un an frotté à la "réalité".

"C'est inquiétant, parce que, de plus en plus, ils semblent suivre l'exemple de leurs prédécesseurs" du gouvernement fédéral de transition (TFG), poursuit-il.Les huit ans de pouvoir du TFG ont été marqués par une corruption rampante et des conflits politiques incessants autour des lignes claniques.

Des sources proches du Premier ministre indiquent que le conflit avec le président remonte en fait à septembre, au moment d'une proposition de remaniement ministériel.M. Shirdon aurait alors demandé la tête de trois alliés clés de M. Mohamud, dont le puissant ministre de l'Intérieur.

La décision du président de demander sa démission à son Premier ministre "n'a pas surgi du jour au lendemain", note un autre député, Abdirahman Hosh Jibril."Le Premier ministre peut encore refuser de démissionner mais il devrait se présenter devant le Parlement".

En coulisse, des diplomates étrangers ont tenté d'aider le président et son Premier ministre à trouver un accord, jusqu'ici sans succès.Désormais, une majorité de députés semblent déterminés à soutenir M. Mohamud contre M. Shirdon.Une minorité seulement sont opposés à un tel départ, le jugeant inconstitutionnel.

"Le président a le pouvoir de nommer le Premier ministre, mais n'a pas celui de demander au Premier ministre de présenter sa démission", lance le député Mohamed Yusuf.

Début novembre, M. Shirdon a lui-même confirmé un "désaccord" avec le président, tout en affirmant qu'il était d'origine "constitutionnel et non politique". 

Le président du Parlement, Mohamed Osman Jawari, a aussi tenté de minimiser le différend."Les députés ne doivent pas exagérer l'affaire", a-t-il dit à des journalistes."Tout les problèmes doivent être portés devant le Parlement pour discussion avant de se précipiter sur une décision".

Mais laisser la situation s'enliser fait aussi le jeu des insurgés shebab, qui ont juré la perte des autorités de Mogadiscio.