Soudan: Abyei presque vide, des dizaines de milliers de personnes ont fui

4 mars 2011 à 16h51 par La rédaction

GENEVE (AFP)

Des dizaines de milliers de personnes ont fui jeudi la ville soudanaise d'Abyei, désormais "presque vide", après des affrontements meurtriers dans cette région disputée et riche en pétrole, s'est alarmé vendredi l'organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF).

"Depuis hier, des dizaines de milliers de personnes ont fui la ville, la laissant presque vide", a déclaré l'ONG dans un communiqué.

"La plus grande préoccupation de MSF est d'être en mesure d'atteindre et de traiter tous les patients de manière impartiale", souligne l'organisation.

Phil Humphris, responsable du programme MSF pour le Soudan, a indiqué à l'AFP que la plupart des personnes déplacées par les combats semblaient se diriger vers le sud.

"J'ai parlé au coordinateur sur le terrain quand il quittait la ville et il m'a dit qu'elle avait l'air complètement vide", a-t-il expliqué.

"Nous n'avons pas encore trouvé tout le monde (les déplacés, ndlr), mais la majorité des gens semblent être allés vers le sud", a-t-il affirmé, ajoutant qu'il s'agissait surtout de femmes et d'enfants.

M. Humpris a également souligné qu'il ne savait pas si des déplacés avaient fui vers le nord, car des combats s'y déroulent.

L'ONU a annoncé jeudi l'envoi de Casques bleus supplémentaires dans l'enclave disputée d'Abyei, à la lisière entre le Nord et le Sud-Soudan, après des affrontements qui ont fait au moins 70 morts en trois jours.

Le Nord et le Sud accusent mutuellement l'armée de l'autre camp de soutenir les attaques à Abyei.

MSF explique aussi que son hôpital situé à Agok, à 40 km au sud d'Abyei, a reçu 21 blessés dans l'après-midi et la soirée du 3 mars."Tous les patients avaient des blessures par balle et trois ont nécessité une intervention chirurgicale", précise l'ONG.

Afin d'aider les autorités, l'équipe de MSF a fait don de médicaments et de matériel à l'hôpital d'Abyei géré par le ministère de la Santé.

Vendredi, la situation était "relativement calme" mais les équipes de MSF sur le terrain ont rapporté que les tensions restaient "fortes dans la ville d'Abyei et les alentours", souligne l'organisation.

Son personnel sur place procède actuellement à une évaluation des besoins médicaux des déplacés dans la région d'Abyei pour tenter d'y répondre.

En outre, la délégation de MSF à Agok se tient prête à accueillir et soigner d'éventuels blessés en cas de poursuites des combats dans la région.

Les tensions ne cessent de monter à Abyei depuis que les Sud-Soudanais se sont prononcés en faveur de l'indépendance du Sud au cours d'un référendum en janvier.Le Sud-Soudan va en conséquence faire sécession du Nord en juillet.

A Abyei, un référendum sur l'appartenance de la ville et de sa région pétrolifère au Nord ou au Sud a été repoussé sine die après un désaccord sur la participation des Misseriya au vote.Ces nomades arabes insistent pour y participer car ils craignent de perdre l'accès à cette région en cas de rattachement au Sud-Soudan.

Des responsables du Nord et du Sud sont actuellement réunis à Addis Abeba afin de régler plusieurs questions en suspens avant l'indépendance du Sud en juillet, et Abyei est au coeur des discussions.

Des combats ont éclaté mardi à Abyei entre des hommes armés de la tribu nordiste arabe des Misseriya, soutenue par Khartoum, et des Dinka Ngok, tribu sudiste.

Environ 10.500 Casques bleus sont actuellement déployés au Soudan pour des missions de police et de maintien de la paix.