Tunisie: le ministre de l'Intérieur demande officiellement la dissolution du RCD

21 février 2011 à 18h49 par La rédaction

TUNIS (AFP)

Le ministre tunisien de l'Intérieur, Farhat Rajhi, a déposé lundi une demande officielle de dissolution du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), l'ex-puissant parti du président déchu Ben Ali, a rapporté l'agence tunisienne TAP.

   Dimanche, Tunis avait demandé à Ryad l'extradition du président déchu, accusé d'être impliqué "dans plusieurs crimes graves" et d'avoir incité les Tunisiens à "s'entretuer", tout en réclamant des informations sur son état de santé ou "son décès éventuel".

Dans un communiqué, le ministre de l'Intérieur annonce "avoir déposé lundi devant le tribunal de première instance de Tunis une demande portant sur la dissolution du RCD".

Le communiqué ajoute que cette demande intervient à la suite d'une décision prise par le ministre de l'intérieur le 6 février, entérinant la suspension provisoire de toutes activités du RCD ainsi que toute réunion ou rassemblement de ses membres et la fermeture des locaux qu'il possède ou qu'il exploite de quelque manière que ce soit.

Au temps de sa splendeur omnipotente, le RCD revendiquait plus de deux millions d'adhérents pour 10 millions d'habitants

Depuis que le président Ben Ali a fui le palais de Carthage pour l'Arabie Saoudite le 14 janvier, des Tunisiens n'ont cessé de manifester pour réclamer la dissolution du RCD.

   Le ministère des Affaires étrangères avait auparavant annoncé avoir formulé une demande à Ryad afin de lui fournir "toutes les données dont il dispose concernant l'état de santé du président déchu, à la lumière des informations contradictoires véhiculées à propos de la détérioration de son état de santé et de son décès éventuel."

L'ex-président, 74 ans, qui a fui son pays en Arabie saoudite le 14 janvier sous la pression de la rue, est dans un hôpital de Jeddah dans le coma suite à un accident vasculaire cérébral, avait indiqué jeudi à l'AFP un proche de sa famille.

Dans le même communiqué, le ministère a annonceéavoir "adressé par voie diplomatique une demande officielle aux autorités saoudiennes" qui a "pour objet d'extrader le président déchu" Zine El Abidine Ben Ali.

"Suite à une nouvelle série d'accusations adressées à l'encontre du président déchu, accusations relatives à son implication dans plusieurs crimes graves qui consistent à commettre et à inciter à l'homicide volontaire et à semer la discorde entre les citoyens d'un même pays en les poussant à s'entretuer", la Tunisie a demandé son extradition, selon le communiqué.

La nouvelle série d'accusations "vient s'ajouter à la commission rogatoire émise par les autorités tunisiennes compétentes et adressée auparavant aux autorités judiciaires saoudiennes, dans le cadre d'une action inquisitoire intentée, actuellement, contre le président déchu et son clan".

Cette commission rogatoire concerne "des accusations ayant pour motif la possession de comptes bancaires et de biens immobiliers dans plusieurs pays, dans le cadre des opérations de blanchiment d'argent, acquis par voie illégale ainsi que la tenue et l'exportation illicites de monnaies étrangères", selon le communiqué.

Dans une déclaration à la télévision nationale, Radhouane Rouissi, secrétaire d'Etat tunisien au ministère des Affaires étrangères, s'est déclaré certain que "les autorités saoudiennes vont répondre positivement à nos demandes qui sont des demandes de tout le peuple qui a beaucoup souffert sous le régime de Ben Ali".

Selon des images diffusées par la télévision nationale, une grande quantité d'argent et de bijoux d'une grande valeur "bien cachés par la famille Ben Ali" ont été découverts samedi dans une bibliothèque du palais présidentiel à Sidi Bou Said.Ils ont été transportés à la Banque centrale.

Le président déchu, qui souffre d'un cancer de la prostate, et sa famille ont fui en Arabie Saoudite le 14 janvier après près d'un mois de contestation populaire réprimée au prix de plusieurs dizaines de morts.