Un opposant rwandais condamné à sept ans de prison pour des propos sur Youtube

Par AFP

AFRICA RADIO

Un dissident rwandais qui utilisait sa chaîne YouTube pour critiquer le gouvernement a été condamné à sept ans de prison par un tribunal de Kigali, a-t-on appris vendredi de sources concordantes.

Dieudonné Niyonsenga, dont la chaîne YouTube Ishema TV avait accumulé plus de 15 millions de vues, a été reconnu coupable de quatre chefs d'accusation, notamment de faux, d'usurpation d'identité. "Le tribunal estime que les crimes dont Niyonsenga est accusé ont été commis intentionnellement", a déclaré le juge en prononçant le verdict jeudi avec une amende de cinq millions de francs rwandais (4280 euros). "La cour ordonne que Dieudonné Niyonsenga soit immédiatement arrêté et emmené pour purger sa peine de prison." "Nous faisons appel de ce verdict (...) Ce n'est tout simplement pas légal", a dénoncé vendredi son avocat Gatera Gashabana. La star de YouTube ne s'était pas présenté au tribunal et a été arrêté peu après le jugement à son domicile. "Dieudonné Niyonsenga a été arrêté hier en exécution du jugement du tribunal. Il est en train d'être transféré" en prison, a déclaré à l'AFP Thiery Murangira, un porte-parole de la police rwandaise. Niyonsenga, plus connu sous le nom de Cyuma, qui signifie "fer", sur YouTube, était connu pour ses vidéos dénonçant les violations des droits de l'homme. En avril 2020, il a diffusé une série de vidéos accusant les soldats rwandais de graves abus à l'encontre des habitants des bidonvilles, dans le cadre du confinement strict mis en place pour lutter l'épidémie de coronavirus. Peu de temps après, il a été arrêté et accusé d'avoir transgressé les mesures de restriction en se faisant passer pour un journaliste, avant d'être envoyé en prison. Il a été acquitté et libéré 11 mois plus tard, mais les procureurs ont fait appel. Le Rwanda, dirigé par Paul Kagame depuis la fin du génocide de 1994 qui a fait 800.000 morts, selon l'ONU, est régulièrement accusé par des ONG de réprimer la liberté d'expression, les critiques et l'opposition politique. En mars, Human Rights Watch avait exprimé son inquiétude face à l'attitude des autorités contre les personnes utilisant YouTube ou des blogs pour s'exprimer sur des questions parfois controversées. Selon HRW, au moins huit personnes rapportant ou commentant l'actualité - notamment l'impact des strictes mesures anti-Covid qui ont durement frappé les plus pauvres - avaient été menacées, arrêtées ou poursuivies au cours de l'année écoulée. En octobre, Yvonne Idamange, mère de quatre enfants, a été condamnée à 15 ans de prison pour incitation à la violence en ligne. Aimable Karasira, un professeur d'université connu pour sa chaîne YouTube, a aussi été arrêté en juin et inculpé de négationnisme, un crime grave au Rwanda. Il avait accusé le Front patriotique rwandais de Paul Kagame, de bafouer les droits de l'homme. str/np/txw/tm/cl [object Object]