Libye: la chambre haute défend la désignation d'un nouveau Premier ministre

AFRICA RADIO

12 février 2022 à 21h06 par AFP

Le président du Haut Conseil d'Etat (HCE), chambre haute libyenne basée à Tripoli (ouest), a défendu samedi la désignation par le Parlement siégeant dans l'Est d'un nouveau Premier ministre, en plein chaos institutionnel.

Le texte accompagnant le vote de confiance accordé en mars dernier au gouvernement d'Abdelhamid Dbeibah "stipulait que son mandat prendrait fin au plus tard le 24 décembre 2021", a d'abord rappelé Khaled el-Mechri. La désignation jeudi de l'influent ex-ministre de l'Intérieur Fathi Bachagha pour remplacer M. Dbeibah découle de ce même texte, après un rare "consensus entre Parlement et HCE", a-t-il poursuivi dans une déclaration télévisée. Ce cacique de l'Ouest a accusé le gouvernement "d'alimenter une campagne contre le Parlement et le HCE", marquant ses distances avec l'autorité exécutive de Tripoli et transcandant les traditionnels clivages Est-Ouest. Samedi, des groupes armés ont convergé vers Tripoli, en provenance de Misrata, distante de quelque 200 km, pour apporter leur soutien à M. Dbeibah qui refuse de céder le pouvoir, faisant craindre la résurgence d'un conflit armé, selon un photographe de l'AFP. Après des années de guerre, il avait été désigné à la tête d'un gouvernement intérimaire, sous l'égide de l'ONU, pour conduire le pays à une élection présidentielle censée achever la transition amorcée après la mort du dictateur Mouammar Kadhafi, en 2011. Or la persistance des divergences, notamment sur sa base juridique, a entraîné un report sine die du scrutin initialement prévu en décembre. Le Parlement estime que le mandat de l'exécutif a expiré avec ce report, alors que M. Dbeibah assure qu'il ne cédera le pouvoir qu'à un gouvernement élu. La Libye se retrouve avec deux Premiers ministres, un imbroglio institutionnel qui n'est pas nouveau puisque le pays avait déjà été dirigé entre 2014 et 2016 par deux Premiers ministres rivaux basés dans l'Est et l'Ouest. Cette fois, il ne s'agit plus d'un conflit Est-Ouest, mais d'un arrangement entre acteurs clefs des deux régions. M. Bachagha n'est pas originaire de l'Est, mais de Misrata dans l'Ouest, tout comme M. Dbeibah. En décembre, alors qu'un report de l'élection se profilait, celui qui était candidat à la présidentielle s'était rapproché du camp rival en se rendant à Benghazi, où il avait rencontré le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'Est, au nom de la réconciliation nationale. Deux ans plus tôt, alors ministre de l'Intérieur, M. Bachagha était en première ligne pour repousser l'offensive du militaire septuagénaire contre Tripoli. Jeudi, l'armée de Haftar a salué la désignation de son ancien ennemi, lequel dispose de douze jours pour soumettre un gouvernement au Parlement.