Afrobeat : 40 ans de resistance musicale

31 mai 2012 à 15h11 par La rédaction


Adressons-nous à tous les chanceux qui ne connaissent pas encore l'Afrobeat, chanceux car une fois plongé dedans les rythmes envoûtants de cette musique aux origines Yoruba ne vous lâcheront plus, assénant à vos oreilles avec toujours plus de groove.Ce mouvement musical prend ses racines à Lagos au Nigeria dans un paysage culturel en pleine évolution, fin des années 1960, le jazz et le funk se mélangent avec le highlife, style venu tout droit du Ghana du début du siècle. Fela Anikulapo Kuti fut l'inventeur, avec le batteur Tony Allen, de ce mix endiablé, des accords en nombres réduits, joués en boucle à la guitare et aux claviers, agrémentés de riffs de cuivre lourds et puissants, en y ajoutant des textes engagés : dénonciation de la corruption et du népotisme d'une oligarchie bien trop présente ainsi qu'une volonté de changement social de la jeunesse du pays. Le charisme du chanteur sur scène a marqué plusieurs générations de musiciens, diffusant à travers le monde ses vibrations. La grande diaspora Yoruba outre-atlantique a permis au groupe nommé d'abord Africa 70, devenu Egypt 80 en 1977, de trouver une base pour se transmettre aux Etats- Unis, trouver son public et ses repreneurs. L'Afrobeat est repris et transformé, mis à la sauce de chaque expérimentateur souhaitant se plonger dans ces riffs.Apparaît ainsi une toute nouvelle génération de groupes s'appropriant le style de musique. On retrouve par exemple l'Afrobeat éthiopien de Ka-la-Ka en 1975 ou les textes du rappeur nigérian Kiala Nzavotunga posés sur la musique de Fela. Mais c'est dans les années 90 qu'elle redécolle, reprise par les blancs de Soul Providers à New York, devenant l'Antibalas Afrobeat Orchestra. Nouveau chef de file du mouvement, le groupe produit 3 albums puis les membres se lancent dans des projets en solo. Ainsi Martin Pera, saxophoniste du groupe qui lança Ocote Soul Sounds, ou Chico Mann, le guitariste aux sonorités latino, le relève de Fela Kuti était assuré.On retrouve les influences de l'Afrobeat partout dans le monde : Kokolo Afrobeat Orchestra et Afrodizz au Canada, Ayetoro ou Oddjob au Royaume-Uni, mais aussi en Belgique, Hollande et bien d'autres. Chacun y rajoute un brin de sa culture pour faire évoluer les sonorités initiales tout en gardant les bases instaurées au Nigeria.En France, le style a trouvé preneur, peut être parce que Tony Allen et Manu Dibango, un autre fondateur, y �?uvrent pour que l'Afrobeat prenne son envol. Frank Biyong, camerounais installé en France est devenu le leader de Massak, un groupe à la frontière du beat de Fela et du Hip hop Africains. Massak profite également du mix pour y ajouter des samples numériques et transformer la musique à son gré.Segun Damisa, compagnon de route de Fela Kuti a établi son repère a Bordeaux, avec le bon gros afrobeat des origines joué par son groupe the Afrobeat Crusaders, avec pour mot d'ordre d'enflammer la scène grâce à son énorme orchestre. D'autres anciens comme Liam Farrel alias Doctor L, successivement batteur pour des groupes de rock comme Les Wampas ou les Rita Mitsouko puis en groupe de rap : Rockin' Squat ou Assassin, continue de porter cette Afrofunk tribal.On retrouve aussi Fanga, groupe Montpelliérain composé de 7 musiciens pour un son bourré d'électro et de rythmes effrénés. Mais le plus simple est de regarder du côté du label indépendant Comet. Basés à Paris, ils entendent faire perdurer l'Afrobeat avec des groupes comme Café Crèmes et les Freres Smith, Black Pyramid et the Afrobeat Messengers.Tout ce qui relie ces groupes, c'est la passion pour cette musique, entre le tribal et le moderne, qui ne s'est pas engoncé dans des codes rigides, faisant perdre la liberté de ses racines jazz. L'hommage à Fela Kuti est là, dans chacune des chansons nouvellement créés, rappelant les origines festives de cette Afrique chaleureuse.Simon Chabasse