Algérie : 20 ans du Printemps noir de Kabylie

Par Nadir Djennad

AFRICA RADIO

En Algérie, il y a vingt ans éclatait le "Printemps noir" en Kabylie, des émeutes nées de la mort d'un lycéen dans une gendarmerie, réprimées dans le sang par le régime. La répression fera 126 morts et plus de 5.000 blessés.

"Grâce au Printemps noir, les Algériens n'ont plus peur de ce régime, c'est ce qui a donné par la suite le Hirak aujourd'hui..."

Le 18 avril 2001, Massinissa Guermah, 18 ans, est grièvement blessé par une rafale de kalachnikov dans la gendarmerie de Béni-Douala en Kabylie. Le lycéen avait été interpellé après une banale altercation entre jeunes et forces de l'ordre. Il meurt deux jours plus tard. Un peu partout, les habitants descendent dans les rues des bourgs et des villages pour réclamer la fermeture de toutes les brigades de gendarmerie de la région. Les manifestations tournent à l'affrontement avec les forces de l'ordre qui tirent à balles réelles. Les tribus Kabyles, qu'on appelle Aarchs, deviennent le fer de lance de la contestation et obtiennent quelques concessions : le départ de la majorité des brigades de gendarmerie de Kabylie.

Le tamazight, la langue berbère, est également reconnu comme "langue nationale" sur décision du président de l'époque Abdelaziz Bouteflika. Hacène Irèche est universitaire, professeur de Tamazight à l’université Paris 8 « C'est une langue nationale, officielle. Il y a un enseignement dans quelques collèges, dans les universités, cela dit, c'est une langue laissée pour compte dans la mesure où elle n'est pas introduite dans les institutions. 

Hacène Hirèche évoque aussi une avancée politique « Je crois que la Kabylie a ouvert un champ du possible, à savoir qu'il y a une désacralisation des services secrets, du pouvoir militaire, du pouvoir policier. Les Algériens n'ont plus peur de ce régime, c'est ce qui a donné du reste, le Hirak » Autre avancée: en décembre 2017, le président Bouteflika a décrété Yennayer, le Nouvel An berbère, jour férié en Algérie "pour conforter l'unité nationale". Cependant, les militants du Printemps noir regrettent qu'il n' y ait pas eu suffisamment d'avancées, concernant l'autre revendication : une plus grande autonomie politique et économique de la Kabylie.