Angola: le fils de l'ex-président dos Santos jugé pour corruption

9 décembre 2019 à 17h12 par AFP

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Le fils de l'ancien président angolais Jose Eduardo dos Santos a commencé à comparaître lundi devant un tribunal de Luanda pour des faits de corruption, premier procès visant un membre de la famille de l'ex-maître absolu du pays.

Ex-patron du fonds d'investissement souverain angolais, Jose Filomeno dos Santos, 41 ans, est jugé devant le Tribunal suprême de la capitale angolaise pour détournement de fonds publics et blanchiment d'argent.

Il a pris place dans le box des accusés avec trois complices présumés, dont l'ancien gouverneur de la Banque centrale du pays Valter Filipe da Silva, a constaté un journaliste de l'AFP.

La justice leur reproche d'avoir transféré illégalement 500 millions de dollars de la Banque centrale vers le compte londonien d'une agence du Crédit suisse, dans le cadre d'une fraude qui lui aurait permis, selon le parquet général, de détourner jusqu'à 1,5 milliard de dollars.

L'acte d'accusation lu lundi à l'audience les soupçonne d'avoir voulu "s'enrichir personnellement avec l'argent de l'Etat".

Cette tentative d'escroquerie avait été maquillée en un plan qui devait permettre à l'Angola de bénéficier de 35 milliards de dollars de financements, selon ce document.

Surnommé Zedu, le fils de l'ex-chef de l'Etat avait été placé en détention provisoire en septembre 2018 et remis en liberté sous contrôle judiciaire en mars dernier jusqu'à son procès.

José Filomeno dos Santos avait été nommé en 2013 par son père à la tête du fonds souverain, chargé notamment d'investir les importants revenus pétroliers du pays.

- 'Ordre hiérarchique' -

Il a été limogé de son poste en janvier 2018, quelques mois après le départ à la retraite de l'ancien président.

Lundi, l'avocat de l'ex-gouverneur de la Banque centrale, Sergio Raimundo, a créé la surprise en demandant l'audition de Jose Eduardo dos Santos."Nous demandons à ce tribunal d'entendre comme témoin l'ancien président", a-t-il indiqué, arguant que son client avait agi "par obéissance à sa hiérarchie".

Le juge Joao Da Cruz Pitra, qui préside les débats, ne s'est pas immédiatement prononcé sur cette requête.

Depuis qu'il a succédé à M. dos Santos, le président Joao Lourenço, ancien ministre de la Défense, a limogé la plupart des proches de son prédécesseur de la tête des institutions, des entreprises publiques et de l'appareil sécuritaire du pays, au nom de la lutte contre la corruption.

Symbole de ce nettoyage, la demi-soeur de Jose Filomeno dos Santos, Isabel, a été évincée en novembre 2017 du poste de PDG de la compagnie pétrolière nationale, la Sonangol.Présentée comme la femme la plus riche d'Afrique, elle fait elle aussi l'objet d'une enquête pour détournement de fonds.

Jose Eduardo dos Santos a dirigé l'Angola pendant trente-huit ans d'un règne sans partage pendant lequel il a mis l'économie du pays en coupe réglée au profit d'une poignée de proches.

Sa famille accuse aujourd'hui le gouvernement de son successeur de la persécuter.

Le procès de Jose Filomeno dos Santos est suivi de très près par la société civile et l'opposition angolaises."Il est un test de l'efficacité et de l'indépendance de la justice" angolaise, a estimé auprès de l'AFP le journaliste d'investigation Rafal Marques, considéré comme la bête noire de l'ancien régime.