Bissau: le candidat des militaires va diriger la transition, affirme la Cédéao

11 mai 2012 à 11h33 par La rédaction


BISSAU (AFP) - (AFP)

L'homme qui avait été proposé par les militaires qui ont pris le pouvoir à Bissau le 12 avril, Manuel Serifo Nhamadjo, va diriger la transition pendant un an malgré l'opposition de l'ex-parti au pouvoir, a décidé vendredi la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

"Nous avons pris la décision qui est la volonté exprimée par la plupart des parties que nous avons avons reçues et écoutées.Cette décision entre dans l'application de la Constitution (...).Le président de l'Assemblée nationale (M.Nhamadjo) assure la transition", a déclaré à la presse le secrétaire d'Etat nigérian aux Affaires étrangères, Nurudeen Mohammad.

A la tête d'une délégation de la Cédéao arrivée jeudi à Bissau qui a rencontré pendant plusieurs heures des représentants de la junte, des partis politiques et de la société civile, M. Mohammad a ajouté qu'il "n'est plus question d'un retour" au pouvoir de MM.Carlos Gomes Junior et Raimundo Pereira, l'ex-Premier ministre et le président par intérim renversés lors du putsch du 12 avril.

Après avoir été arrêtés et incarcérés pendant deux semaines, MM.Gomes Junior et Pereira ont été libérés le 27 avril et sont depuis réfugiés à Abidjan.

Le 21 avril, la junte avait proposé que Manuel Serifo Nhamadjo dirige la transition jusqu'à des élections, mais il avait refusé, considérant que sa nomination sortait de la "légalité".

Ayant reçu l'onction de la Cédéao, il a cette fois-ci accepté."Je vais continuer à travailler pour trouver un consensus autour du Premier ministre qui aura la tâche de former un gouvernement de transition: je sais que la tâche ne sera pas facile, mais nous allons tous nous y atteler", a-t-il dit.

Le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC, ex-parti au pouvoir), a aussitôt rejeté cette décision qu'un de ses dirigeants, Augusto Olivais, a qualifié "d'anticonstitutionnelle"."Nous n'allons pas reconnaître un président qui n'a pas été élu démocratiquement", a-t-il ajouté.

Dissident du PAIGC, M. Nhamadjo était arrivé troisième au premier tour de la présidentielle du 18 mars avec 15,75% des voix, un scrutin interrompu par le coup d'Etat.Arrivé en tête avec 49% des voix, Carlos Gomes Junior était largement favori du second tour qui avait été programmé le 29 avril.

La délégation de la Cédéao venue jeudi à Bissau n'a pas évoqué devant la presse le retrait des quelque 600 soldats de la Mission angolaise (Missang) présente dans le pays depuis mars 2011, ou l'arrivée d'une force militaire ouest-africaine destinée à remplacer la Missang, décidée par les chefs d'Etat de la Cédéao.

Mais, interrogé vendredi par l'AFP, Daba Na Walna, porte-parole de la junte, a affirmé qu'il y a "une dynamique concernant le départ de la Missang".

"J'ai d'ailleurs entre mes mains une lettre du gouvernement angolais adressée au président de la Cédéao (le chef de l'Etat ivoirien Alassane Ouattara) concernant le retrait du contingent angolais.Une fois que le premier contingent de la Cédéao sera mis en place, les Angolais se retireront", a-t-il déclaré.

Le ministre d'Etat angolais de la Coopération économique, Manuel Vicente, a indiqué jeudi à Luanda que la Missang pourrait rester en Guinée-Bissau, mais seulement à la demande de la communauté internationale.

C'est la présence de la Missang qui a officiellement motivé le coup d'Etat du 12 avril, les militaires accusant depuis des mois l'Angola de soutenir Carlos Gomes Junior et de poursuivre des ambitions colonialistes.

Face à ces tensions, l'Angola avait annoncé, le 9 avril, avant le coup d'Etat, le retrait de ses soldats.

Secouée par des convulsions politiques et militaires depuis son indépendance du Portugal en 1974 après une guerre de libération, la Guinée-Bissau est en outre devenue depuis plusieurs années une plaque tournante du trafic de drogue entre l'Amérique du Sud et l'Europe.

Des militaires et des hommes politiques bissau-guinéens sont soupçonnés d'être impliqués dans ce trafic qui renforce l'instabilité du pays.