Côte d'Ivoire: l'ex-Premier ministre Banny dans la peau du réconciliateur

Par La rédaction

ABIDJAN (AFP) - (AFP)

Au coeur de la crise ivoirienne quand il fut Premier ministre (2005-2007), Charles Konan Banny joue de nouveau les pacificateurs: le président Alassane Ouattara a chargé ce modéré de réconcilier enfin un pays profondément divisé.

Nommé en mai président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR), M. Banny, 68 ans et allure ronde de notable, revient dans la lumière à l'un des postes les plus stratégiques après la crise post-électorale de décembre 2010-avril 2011, qui a fait au moins 3.000 morts et déchaîné les haines accumulées au long des années.

Entendre victimes et bourreaux de tous bords, diagnostiquer et guérir les maux ivoiriens, réconcilier pro-Ouattara et partisans du président déchu Laurent Gbagbo: "CKB", en héritier autoproclamé du premier chef d'Etat Félix Houphouët-Boigny - avec lequel il a des liens familiaux -, martèle les vertus du "dialogue".Mais sans dire encore comment il compte s'y prendre.

En multipliant les rencontres, il s'est d'ores et déjà efforcé de prouver au camp Gbagbo qu'il n'est pas l'homme d'un clan.

M. Banny est un baron de l'ex-parti unique, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI).Pour la présidentielle de 2010, il a fait campagne pour le candidat PDCI, l'ex-président Henri Konan Bédié, avant de soutenir au second tour Alassane Ouattara à la faveur d'une alliance entre leurs partis.

Apaiser: c'était déjà sa mission quand la communauté internationale, emmenée par la France désireuse d'isoler Laurent Gbagbo, porta en décembre 2005 cet ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) au poste de Premier ministre.

Mais pour réunifier un pays coupé en un nord ex-rebelle et un sud loyaliste depuis le putsch raté de 2002 et aller aux élections, M. Banny, homme de compromis, choisit de faire "tandem" avec le président.

En pure perte: Laurent Gbagbo ne lui cédera aucun pouvoir en dépit des résolutions de l'ONU, et annulera même certaines de ses décisions, comme dans l'affaire des déchets toxiques déversés en 2006 à Abidjan.

Né le 11 novembre 1942 à Divo (sud), ce fils de planteur baoulé (un des plus importants groupes ethniques du pays) est diplômé de la prestigieuse Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec) de Paris.

Après avoir travaillé dans la gestion d'Etat de la filière cacao en Côte d'Ivoire, premier exportateur mondial, il intègre en 1976 la BCEAO à son siège de Dakar, où il gravit tous les échelons.

Gouverneur par intérim (1990-1993), il est confirmé dans ses fonctions le 1er janvier 1994, trois semaines avant la dévaluation du franc CFA, qui jouera un grand rôle dans son image d'"homme de la France".Il y restera jusqu'à son arrivée en 2005 à la "Primature" ivoirienne.

Après que son tandem aura viré au duel avec M. Gbagbo, "CKB" sera remplacé en mars 2007 par le chef de l'ex-rébellion Guillaume Soro: le "dialogue direct" proposé par le président vient alors de conduire à un accord de paix entre anciens belligérants.

L'équipe de M. Banny verra dans son départ précipité une victoire paradoxale de son champion, jugeant que, malgré un bilan mitigé, il a contribué à la décrispation.

Quel avenir après la Commission réconciliation?Même si M. Bédié ne donne pour l'heure pas signe de vouloir se retirer, on a prêté à M. Banny le désir de reprendre le PDCI.

Avant de viser le palais présidentiel, comme on le dit souvent?Un diplomate naguère en poste à Abidjan raconte l'avoir entendu dire que son épouse Massandjé ferait une excellente "Première dame".