Côte d'Ivoire: rencontre inédite entre militaires et population à Bouaké

Par AFP

AFRICA RADIO

Plusieurs centaines de personnes ont participé mercredi à une journée inédite de rencontre entre des militaires et la population civile dans une des grandes casernes de Bouaké, deuxième ville de Côte d'Ivoire, considérée comme la capitale des mutineries qui ont ébranlé le pays en janvier et mai 2017.

Baptisée "Dialogue civilo-militaire", cette rencontre au 3ème Bataillon d'infanterie militaire qui s'est déroulée dans la plus grande caserne de Bouaké, avait été organisée par la fondation Friedrich-Ebert Stiftung (FES, basée à Bonn), qui oeuvre principalement dans les domaines de l'éducation civique et politique. Militaires et civils ont échangé en public avec un microphone. "Sans la population, il n'y a pas d'armée", a souligné le commandant de la région militaire, le colonel Leon N'Goran Kouamé alors que le colonel retraité Lanciba Lamoussa Koné a demandé aux militaires "de respecter les civils". "Si nous voulons construire la Côte d'Ivoire, il faut que les militaires et les civils forment un bloc", a-t-il dit."Nous avons connu de nombreuses mutineries à Bouaké. Les militaires doivent comprendre que ces mutineries mettent Bouaké en retard", a affirmé à l'AFP une enseignante Korotoum Diomandé Ouattara, qui a assisté aux débats. "Beaucoup ont peur aujourd'hui des militaires, il faut qu'il y ait une synergie entre nous la population et les corps habillés. Il faut que la confiance soit restaurée entre nous, c'est très important".Yacouba Konaté, commerçant à Bouaké, a déclaré qu'il espérait que cette "rencontre puisse profiter à toutes les parties" et aider Bouaké "à retrouver définitivement la tranquilité". D'anciens rebelles intégrés dans l'armée se sont mutinés en janvier puis en mai 2017, obtenant finalement le paiement de 12 millions de francs CFA (18.000 euros) pour chacun des 8.400 d'entre eux.Cette crise a terni l'image de stabilité retrouvée du pays après la crises politico-militaire de 2010-2011 et fragilisé le président Alassane Ouattara et l'équipe gouvernementale. Le poste de ministre de la Défense a depuis été confié à Hamed Bakayoko, un homme de confiance du président, qui a en charge de mener à bien la réforme de l'armée, annoncée en 2015 mais qui piétinait depuis. La réforme a notamment vu le départ de près de 3.000 soldats sous forme de départs volontaires. Les effectifs restent toutefois pléthoriques avec 20.000 hommes environ dont 13.000 issus de la rébellion qui a tenu le nord du pays entre 2002 et 2011 et pas moins de 15.000 sous-officiers.