Coup de froid diplomatique entre Kigali et Pretoria

7 juillet 2010 à 12h12 par La rédaction

KIGALI (AFP)

La tentative d'assassinat d'un général rwandais réfugié en Afrique du Sud, Faustin Kayumba Nyamwasa, tourne à la brouille diplomatique entre Kigali et Pretoria, qui a implicitement mis en cause le régime rwandais dans cette affaire.

La ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a fait part mardi soir à l'AFP du mécontentement de Kigali quant à la manière dont était conduite l'enquête sud-africaine sur la tentative d'assassinat de cet ancien chef d'état-major et ex-proche du président rwandais Paul Kagame.

"J'ai convoqué l'ambassadeur sud-africain (Gladstone Dumisani Gwadiso) ce mardi pour lui faire part des inquiétudes du gouvernement rwandais concernant la façon dont est menée l'enquête", a indiqué Mme Mushikiwabo.

M. Nyamwasa a été blessé par balles à l'estomac le 19 juin par un inconnu devant son domicile de Johannesburg.Son épouse, Rosette et une partie de l'opposition rwandaise ont accusé le régime rwandais d'être derrière cette tentative d'assassinat survenue à peine deux mois avant l'élection présidentielle du 9 août.

Les autorités rwandaises ont depuis catégoriquement démenti toute implication.

Pour la ministre, "certaines insinuations de milieux officiels sud-africains dans la presse semblent pointer du doigt le gouvernement rwandais dans cette affaire".

"Ce n'est évidemment pas vrai.Ces insinuations nous inquiètent beaucoup", a souligné la chef de la diplomatie rwandaise.

Début juillet, l'Afrique du sud avait mis en cause des "agents" agissant pour un "pays étranger" dans la tentative d'assassinat, sans toutefois identifier le pays en question.

Mme Mushikiwabo a par ailleurs critiqué les méthodes de la police sud-africaine dans la conduite de cette enquête, mentionnant le cas d'un homme d'affaires rwandais établi en Afrique australe qui aurait été "traité de tueur" par les enquêteurs et dont les effets personnels auraient été confisqués par la police après son interrogatoire.

Ce citoyen rwandais, un certain Francis Gakwerere selon la presse rwandaise, est aujourd'hui en liberté, selon Mme Mushikiwabo.

La ministre a également déploré la présence d'"un membre de la famille du général Nyamwasa, le frère de son épouse" au moment de l'interrogatoire de l'homme d'affaires.

"Cela nous peine de la part d'un pays avec lequel nous avons un partenariat très positif, un pays avec lequel nous entretenons d'excellentes relations", a-t-elle ajouté.

M. Nyamwasa et un autre officier supérieur également exilé en Afrique du Sud, le colonel Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements extérieurs, sont accusés par les autorités rwandaises d'être derrière une récente série d'attaques à la grenade à Kigali.

Dans entretien à l'AFP le 26 juin, Mme Mushikiwabo dénonçait "toutes sortes d'activités "orchestrées pour créer un climat de peur à la veille des élections, mais aussi pour tenter de salir le gouvernement".

Elle réagissait alors aux allégations impliquant le régime rwandais dans le meurtre à Kigali du journaliste Jean-Léonard Rugambage qui avait mis en cause les renseignements rwandais dans l'attentat contre Nyamwasa.

Ce coup de froid entre Kigali et Pretoria survient par ailleurs dans un contexte marqué au Rwanda par des arrestations en série d'officiers supérieurs de l'armée, dont la dernière en date est celle du colonel Diogène Mudenge, directeur général de l'Agence de régulation des services d'utilité publique (RURA).

Selon le porte-parole de l'armée, le lieutenant-colonel Jill Rutaremara, l'officier a menacé de son pistolet un civil auquel l'opposait un litige foncier.

L'armée affirme qu'il n'y a aucun lien entre les faits reprochés à M. Nyamwasa et les allégations contre ces officiers arrêtés.