Egypte: Moubarak joue l'apaisement, nouvelles manifestations

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Des dizaines de milliers de manifestants étaient rassemblés mardi au Caire pour marquer le début de la troisième semaine d'une révolte sans précédent contre le président Hosni Moubarak, qui a formé une commission constitutionnelle dans un nouveau geste vers les protestataires. 

La place Tahrir, épicentre de la révolte déclenchée le 25 janvier, était noire de monde en début d'après-midi.Beaucoup de manifestants portaient des drapeaux égyptiens et des banderoles sur lesquelles était écrit "le peuple veut faire tomber le régime", leitmotiv du mouvement de contestation.

"Nous sommes le peuple, nous sommes le pouvoir", scandaient les protestataires.

M. Moubarak, 82 ans et presque 30 ans à la tête de l'Etat, a créé cette commission dans le cadre du "dialogue national" entamé dimanche entre le pouvoir et l'opposition dont, pour la première fois, les Frères musulmans, jusqu'ici bête noire du régime.

Lundi, le chef de l'Etat a promis une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites à partir du 1er avril.

Il a aussi demandé la formation d'une commission d'enquête sur les violences du 2 février place Tahrir, où des affrontements meurtriers ont opposé partisans du régime et opposants à M. Moubarak.

Le président égyptien, qui ne semble pas vouloir lâcher le pouvoir malgré la contestation, a "souligné la nécessité de poursuivre le dialogue pour passer des lignes générales à une feuille de route claire au calendrier précis, en vue d'une transition pacifique et organisée du pouvoir, dans le respect de la légitimité constitutionnelle", a indiqué le vice-président Omar Souleimane.

L'opposition conteste notamment les conditions de candidature à la présidentielle, qui rendent quasi impossible la candidature d'indépendants, et au mandat présidentiel.

Dans tous les cas, les mesures politiques -y compris l'annonce le 1er février du président qu'il ne briguerait pas un sixième mandat en septembre- n'ont pas apaisé la colère des protestataires qui exigent toujours un départ immédiat de M. Moubarak.

 Sur la place Tahrir, la mobilisation ne faiblissait pas malgré les nuits fraîches, la fatigue et les conditions de vie spartiates sur ce rond-point devenu un village de tentes retranché.

"Cela fait cinq jours que je suis là", lance fièrement Mohammed Ali, ingénieur originaire de Fayoum, au sud du Caire."Nous resterons jusqu'à ce que Moubarak parte".

"Il y a des diarrhées, des grippes, des rhumes, il fait froid et les conditions sanitaires sont très mauvaises", dit Mohammed Imed, 24 ans.

"Les jeunes d'Egypte méritent l'estime de la nation", a indiqué mardi M. Souleimane, précisant que le président égyptien avait donné des instructions pour empêcher toute "poursuite" ou harcèlement à l'encontre des manifestants.

"Le gouvernement se préoccupe du citoyen égyptien et veut améliorer son niveau de vie", avait indiqué le Premier ministre Ahmad Chafic lundi, après une première réunion du nouveau gouvernement formé après l'éclatement de la crise qui secoue le pays depuis le 25 janvier.

Le président américain Barack Obama a estimé que le processus politique enregistrait des "progrès".

Mais des scénarios sur un départ de M. Moubarak sont envisagés par la presse étrangère.Le site internet de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel écrit ainsi qu'il pourrait venir effectuer "un bilan médical prolongé" en Allemagne.

Le gouvernement allemand a toutefois assuré qu'il n'y avait eu "ni demande officielle, ni demande officieuse" en ce sens.

Des groupes pro-démocratie avaient appelé sur internet à de nouvelles manifestations mardi dans les grandes villes, pour marquer le début de la troisième semaine de révolte.

Les manifestations rassemblent des activistes politiques mais aussi des citoyens ordinaires qui ont mis fin à leur mutisme pour exprimer publiquement leur ras-le-bol du régime de M. Moubarak.

Parallèlement de nouveaux magasins et restaurants ont rouvert, et de nombreux Cairotes reprenaient le chemin du travail.

La durée du couvre-feu a été encore réduite dans la capitale, à Alexandrie (nord) et Suez (est) pour être en vigueur de 20H00 (18H00 GMT) à 06H00 (04H00 GMT).

Cependant la Bourse du Caire, fermée depuis le 30 janvier, ne rouvrira que le 13 février.

Devenu une figure de la mobilisation, Wael Ghonim, un cadre égyptien du géant américain de l'internet Google, a été relâché lundi après avoir passé 12 jours "les yeux bandés".

Depuis le 3 février, les manifestations se déroulent le plus souvent dans le calme.Des heurts entre policiers et manifestants pendant les premiers jours de la contestation, puis entre militants favorables et opposés à Hosni Moubarak le 2 février, ont fait au moins 300 morts, selon un bilan non confirmé de l'ONU, et des milliers de blessés, selon des sources officielles et médicales.