En Afrique du Sud, des oisillons attendrissent les détenus les plus coriaces

28 mars 2011 à 12h04 par La rédaction

LE CAP (AFP)

Des pépiements d'oiseaux égaient la prison sud-africaine de Pollsmoor, près du Cap (sud), où le détenu Bernard Mitchell, sourire en or et biceps tatoués, embrasse délicatement un bébé perroquet en le couvant d'un regard tendre.

"Ils pensent que je suis leur maman.Ce sont presque des enfants", confie cet homme de 41 ans, condamné à la rétention à perpétuité pour meurtre quand son fils avait moins d'un mois.

"Avant, je n'avais pas cette gentillesse, j'étais une personne très agressive", poursuit-il en versant une bouillie chaude à son perroquet."Les oiseaux m'ont appris la patience.Je dois les aimer, m'en occuper, les nourrir.Tout faire pour eux."

L'ancien gangster, qui a découvert l'univers carcéral à 14 ans, est impliqué dans un projet de réinsertion original, qui vise à inculquer des valeurs d'écoute, de partage et de responsabilité à des criminels en leur confiant des oisillons.

Le programme a démarré en 1997 dans cette prison du sud-ouest de l'Afrique du Sud où le héros de la lutte anti-apartheid Nelson Mandela a passé six ans de sa vie.

L'idée, qui évoque le film "Le prisonnier d'Alcatraz", dans lequel un prisonnier, incarné par Burt Lancaster, trouve sa rédemption en devenant un ornithologue réputé, est venue d'un responsable des services pénitentiaires, Wikus Gresse, pour qui "les oiseaux servent un objectif plus large" de réhabilitation.

Depuis, les candidats affluent.Ses critères de sélection?"Vous pouvez être un meurtrier, avoir commis des actes dangereux", dit-il."Mais il faut que vous ayez manifesté pendant votre détention une capacité à bien vous tenir et une volonté d'améliorer votre vie."

Les places sont limitées à une douzaine de prisonniers, qui doivent accepter de renoncer à participer à des gangs, à fumer ou à se droguer.En échange, ils ont droit à une cellule individuelle de 6,25 m2, qu'ils devraient sinon partager avec deux autres détenus.

Une aile du quartier des hommes, aux murs colorés, abrite la volière.Les oisillons y sont régulièrement pesés, nourris, soignés.Quand ils atteignent l'âge adulte, ils sont vendus à l'extérieur.

Les recettes servent à acheter de nouveaux oisillons --qui peuvent coûter jusqu'à 1.500 rands (217 dollars, 153 euros) pour un perroquet gris d'Afrique-- et à fournir un peu d'argent de poche aux détenus.

"Ca brise le coeur" de laisser partir les pensionnaires, avoue Lento Kindo, 31 ans, qui purge une peine de cinq ans pour vol."C'est un peu comme confier son bébé à quelqu'un d'autre."

L'Afrique du Sud, où 46 homicides sont commis chaque jour, abrite la neuvième population carcérale au monde, soit plus de 160.000 personnes, dans des prisons souvent surpeuplées.Dans cet environnement violent et tendu, les volatiles apportent une pointe de gaieté.

"Je me fiche de ma peine, du temps qu'il me reste à faire, parce que les oiseaux m'occupent", assure Lesley Jacobs, 37 ans, une paire de tourtereaux sur le bras."Je suis amoureux de ces deux-là.Je ne les oublierai jamais."

Les gardiens assurent que l'agressivité des détenus a diminué et qu'ils sont moins souvent pris pour cible."Ca donne aux prisonniers une autre vision de la vie", explique la chef de section Olga Dayimani.

"Quand ils quittent les lieux, cela continue d'avoir un impact positif sur eux", assure-t-elle.

Le programme a même assuré un débouché professionnel à certains, assure Wikus Gresse.A la sortie de prison, un de ses protégés a trouvé un emploi chez un vétérinaire.Un autre dans une animalerie.