Dépêches AFP

Gambie: témoignage de victime au procès des services secrets de Jammeh

11 février 2019 à 20h03 Par AFP
Une ancienne militante de l'opposition en Gambie a témoigné lundi de tortures subies en avril 2016, lors du procès de sept anciens responsables des services de renseignement de l'ex-président Yahya Jammeh. Les cadres de la défunte National Intelligence Agency (NIA) sont notamment jugés pour le meurtre de Solo Sandeng, un responsable du Parti démocratique unifié (UDP, alors principale formation de l'opposition à Yahya Jammeh).La mort en détention de Solo Sandeng, arrêté avec plusieurs autres personnes le 14 avril 2016 lors d'un rassemblement pour réclamer des réformes politiques, avait déclenché un mouvement qui a permis de faire tomber Yahya Jammeh, battu à la présidentielle de décembre 2016 par le candidat de l'UDP, Adama Barrow, après 22 ans au pouvoir.Devant le tribunal, Fatou Camara, 55 ans, a expliqué lundi avoir été arrêtée le même jour que les autres militants de l'UDP, dont Solo Sandeng, par des unités d'intervention de la police. Elle a ensuite été conduite sans ménagement au commissariat de police, puis transférée à la prison centrale de Mile Two, et finalement amenée la nuit suivante au quartier général de la National Intelligence Agency (NIA), où les militants ont été torturés."J'ai perdu la vue (à l'oeil gauche) en raison de la bastonnade reçue à la NIA", a raconté Mme Camara, qui se déplace en boîtant, visiblement très émue pendant son témoignage, entrecoupé de quintes de toux. Elle a ajouté avoir été battue jusqu'au sang.Elle a précisé ne pas pouvoir affirmer si leurs tortionnaires faisaient partie des "junglers" ("broussards"), considérés comme les escadrons de la mort pro-Jammeh, en raison de l'obscurité qui régnait au QG de la NIA. Ensuite, elle et ses codétenus ont été traînés devant un tribunal et "condamnés à trois ans de prison", a-t-elle dit.Le procès des anciens agents de la NIA, officiellement ouvert en mars 2017, a été régulièrement ajourné et parfois troublé par des rixes entre proches des accusés et des victimes.Neuf ex-membres des services de renseignement étaient au départ sur le banc des accusés, mais l'un d'eux, l'ancien directeur-adjoint de la NIA Louis Gomez, est mort pendant sa détention provisoire et le procureur a abandonné les poursuite contre un officier de rang inférieur.