Guinée: le pouvoir accusé de saper l'unité nationale en pleine crise du coronavirus

Par AFP

AFRICA RADIO

Human Rights Watch a accusé mercredi le pouvoir en Guinée d'entraver la nécessaire coopération de la population dans la lutte contre le coronavirus en procédant à des intimidations et à des arrestations d'opposants, dans un contexte de restrictions des libertés liées à la maladie et de crise politique persistante.

Pauvre malgré d'importantes ressources naturelles, la Guinée fait partie de ces pays où l'état du système sanitaire suscite l'inquiétude face à la pandémie. Le pays d'Afrique de l'Ouest a déclaré 1.351 cas confirmés de coronavirus, dont 7 décès.La Guinée est en outre en proie à une longue crise politique et sociale, alimentée par la volonté attribuée par l'opposition au président Alpha Condé, 82 ans, de briguer un troisième mandat à la fin de l'année. Des manifestations durement réprimées ont fait des dizaines de morts depuis octobre.Ces dernières semaines, les forces de sécurité "ont harcelé, intimidé et procédé à l'arrestation arbitraire de membres et partisans de l'opposition au cours des dernières semaines", a affirmé dans un communiqué Human Rights Watch.L'ONG de défense des droits humains fait également état de "magasins pillés" par des hommes en uniforme pendant le couvre-feu, en vigueur de 21H00 à 05H00 du matin. Les forces de sécurité se "livrent à des abus sur la population civile, appliquent les mesures d'urgence en vigueur d'une manière qui fragilise la confiance de l'opinion publique dans les autorités", estime HRW."Les abus perpétrés par les forces de sécurité exacerbent une méfiance déjà profonde envers les autorités, créant un obstacle supplémentaire à la lutte contre le Covid-19", affirme la chercheuse de HRW Ilaria Allegrozzi, citée dans le communiqué."Des membres de l'opposition et des représentants d'organisations non-gouvernementales ont exprimé leurs craintes que le gouvernement instrumentalise la crise comme excuse pour réprimer la dissidence et bafouer les droits humains", poursuit-elle.HRW appelle le pouvoir "à maîtriser ses forces de sécurité" pour permettre une "confiance des Guinéens dans leur gouvernement" et un respect de "la distanciation sociale" et des autres "comportements-barrière" contre le virus.L'opposition a gelé ses manifestations contre le pouvoir en raison de l'état d'urgence.