L'Egypte amorce sa transition, la vie revient à la normale place Tahrir

13 février 2011 à 9h29 par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Un pouvoir de transition, avec l'armée aux commandes et un gouvernement gérant les affaires courantes, prenait ses marques en Egypte où la vie revenait à la normale, avec notamment la réouverture dimanche à la circulation de la place Tahrir, haut lieu de la révolte au Caire. 

L'armée, dépositaire du pouvoir après la chute vendredi du président Hosni Moubarak, a promis samedi une "transition pacifique" vers "un pouvoir civil élu".

Le conseil suprême des forces armées a annoncé que le gouvernement nommé par M. Moubarak quelques jours avant son départ resterait en place pour assurer la gestion des affaires courantes.

Ce dernier tiendra dimanche sa première réunion depuis la démission de M. Moubarak, selon l'agence officielle Mena.

L'armée n'a toutefois pas donné de calendrier ni présenté de mesures plus précises pour cette transition.

Dans le même temps, Le Caire reprenait ses habits d'avant la révolte.Dans la matinée, la circulation a repris sur la place Tahrir, épicentre du soulèvement populaire qui a fait au moins 300 morts, selon l'ONU et l'organisation Human Rights Watch.

Seule une partie de la place, où quelques centaines de manifestants étaient encore présents, restait fermée au trafic.

Les manifestations sur ce grand rond-point pendant 18 jours avaient paralysé le centre-ville d'ordinaire bouillonnant d'activité.

Les tanks de l'armée postés aux entrées de la place, étaient toujours présents, mais ne bloquaient pas les accès.

Quelques brèves échauffourées ont eu lieu entre des soldats et quelques dizaines de protestataires irréductibles qui refusaient de quitter les lieux.

"Nous ne voulons pas partir.Nous resterons jusqu'à ce que l'armée entende nos demandes", a assuré Ahmed Afifi, 21 ans, évoquant la levée de l'état d'urgence et la libération des manifestants arrêtés.

"L'armée veut tuer la révolution, elle veut que les gens s'en aillent", a renchéri Abou Tasneem, 28 ans, professeur de français à Alexandrie.

La plupart des protestataires avaient néanmoins quitté sans encombre les lieux après la démission de M. Moubarak, permettant le début samedi des opérations de nettoyage.

Ces dernières se poursuivaient dimanche matin.Des soldats démontaient des tentes, jetaient les bâches en plastique et autres matériaux dans une benne, aidés par des civils qui empilaient les couvertures et balayaient le sol.

"Tous mes rêves sont devenus réalité", a assuré Nour Kersha, un étudiant de 24 ans."Moubarak est parti, nous allons poursuivre le nettoyage de la place jusqu'à la rendre propre".

Samedi, l'armée s'est engagée à respecter les traités internationaux signés par l'Egypte, dont les accords de paix avec Israël.L'Egypte est, avec la Jordanie, le seul pays arabe à avoir signé un traité de paix avec l'Etat hébreu.

Le gouvernement israélien, qui n'a pas caché ces derniers jours ses craintes de voir émerger au Caire un nouveau pouvoir hostile à cet accord, s'est félicité de ces "assurances", ajoutant que ce traité était "une pierre angulaire pour la paix et la stabilité dans tout le Moyen-Orient".

Le président américain Barack Obama a quant à lui "salué" samedi la promesse faite par l'armée égyptienne d'une transition pacifique vers un pouvoir civil élu.

Le Maroc a exprimé l'espoir que l'Egypte continue de jouer son rôle "primordial", notamment "dans la défense des causes arabes".

Le président du Parlement iranien, Ali Larijani, a quant à lui affirmé dimanche que les Etats-Unis tentaient de "confisquer" la révolution du peuple égyptien.

Sur le plan judiciaire, le procureur général a interdit à l'ancien Premier ministre Ahmad Nazif et à l'actuel ministre de l'Information Anas el-Fekki de quitter le pays "au vu des plaintes déposées contre eux", a rapporté la Mena, sans plus de précision sur ce qui leur était reproché.La télévision publique a annoncé peu après la démission de M. Fekki.