La compagnie pétrolière nationale du Nigeria "insolvable, annonce le gouvernement

13 juillet 2010 à 16h46 par La rédaction

ABUJA (Nigeria) (AFP)

La compagnie pétrolière nationale du Nigeria (NNPC), régulièrement critiquée pour sa mauvaise gestion, n'est pas en mesure de rembourser d'importantes dettes et est "insolvable", a annoncé mardi le gouvernement.

"La NNPC est insolvable car ses dettes dépassent de 754 milliards de nairas (5 milliards de dollars) ses actifs, au 31 décembre 2008", chiffres les plus récents à disposition, a annoncé le secrétaire d'Etat aux Finances, Remi Babalola.

Il s'exprimait lors d'une réunion avec les ministres des Finances des gouvernements locaux des 36 Etats de la fédération nigériane, selon son discours dont l'AFP a obtenu une copie.

La NNPC est régulièrement critiquée pour son inefficacité et pour la corruption qui la caractérise alors que le Nigeria est le huitième exportateur mondial de brut.

Entre ingérences politiques et détournements, les régimes successifs ont puisé durant des décennies des sommes colossales dans ses coffres.

La compagnie, partenaire de multinationales telles que Shell, Chevron, ExxonMobil ou Total dans le cadre de coentreprises dont elle est majoritaire, a adressé une lettre à M. Babalola lundi pour lui faire part de sa situation délicate, a indiqué le secrétaire d'Etat.

"Les difficultés financières proviennent essentiellement d'un déséquilibre entre les coûts et les entrées de liquidités", a-t-il déclaré, citant le courrier de la NNPC.

Ces difficultés financières ont été mises en lumière, notamment "par l'incapacité du groupe à payer son pétrole domestique (raffiné au Nigeria, ndlr) dans les temps et par ses retards dans les paiements des factures de carburant importé", a-t-il poursuivi.

Le Nigeria importe paradoxalement la grande majorité des produits raffinés qu'il consomme car ses quatre raffineries sont en mauvais état.

La NNPC a également indiqué dans sa missive à M. Babalola être "incapable de rembourser 450 milliards de nairas (3 milliards de dollars) qu'elle doit au Compte de la fédération", le compte sur lequel doivent être versés tous les revenus des institutions gouvernementales.

Mais elle affirme aussi que le gouvernement lui doit des sommes très importantes.

Le président Goodluck Jonathan avait ordonné en mai, quelques jours après avoir succédé à Umaru Yar'Adua, mort des suites d'une longue maladie, "un audit complet des comptes de la NNPC".

Il avait alors nommé à la tête du groupe Austin Oniwon, jusqu'alors directeur exécutif chargé des raffineries et de la pétrochimie, en remplacement de Shehu Ladan, nommé en avril par M. Jonathan lui-même, quand il était encore président par intérim de la nation la plus peuplée d'Afrique.

Le chef de l'Etat a promis de réformer le secteur des hydrocarbures, reprenant ainsi les engagements de son prédécesseur.Un projet de loi de réforme, la Petroleum Industry Bill (PIB), est débattu au parlement depuis de longs mois.

Il prévoit notamment l'éclatement de la NNPC en plusieurs entités afin d'en faire une société quasi autonome et commerciale plutôt qu'une entité dépendant du budget de l'Etat pour financer ses opérations avec les groupes étrangers opérant dans le delta du Niger, région riche en hydrocarbures du sud du Nigeria.