Laurent Gbagbo, du rêve de démocratie au pouvoir à tout prix

6 avril 2011 à 13h58 par La rédaction

Isolé, réfugié dans le bunker de sa résidence d'Abidjan, cerné par les forces de son rival Alassane Ouattara et celles de l'ONU, Laurent Gbagbo semble ce mercredi 6 avril 2011 vivre ses dernières heures à la tête de la Côte d'Ivoire. Ainsi s'achève le mandat de celui qui représentait, il y a dix ans, le grand espoir de démocratisation de l'Afrique francophone. Retour sur la carrière de l'ex-homme fort d'Abidjan.Né le 31 mai 1945, historien de formation, Laurent Gbagbo est devenu professeur d'histoire-géographie au lycée classique d'Abidjan, puis à l'Université, dans les années 1970. Syndicaliste, il s'engage au sein de l'Union nationale des étudiants et élèves de Côte d'Ivoire (UNEECI). Ses cours jugés "subversifs" lui valent, en 1971, d'être envoyé "�??aux fins de redressement' effectuer près de deux ans de service militaire dans des conditions très dures. Mais la véritable entrée en politique de Laurent Gbagbo date de 1982, lorsqu'il crée clandestinement le Front Populaire Ivoirien (FPI). Il s'érige alors en principal opposant à Houphouët-Boigny, président au pouvoir depuis 1960. Il part en exil volontaire en France, où il obtient en 1985 le statut de réfugié politique. Il sort de la clandestinité en 1988, lorsque le président Houphouët-Boigny lui accorde sa grâce, ainsi qu'à son épouse Simone. Devenu secrétaire général du FPI, il est le premier candidat à se présenter contre « le Vieux » lors de l'élection présidentielle du 28 octobre 1990. Défait avec un score de 18,3% des suffrages, il remporte néanmoins la bataille de la popularité. Il apparaît aux yeux de nombreux Ivoiriens comme le seul et unique opposant, et se révèle particulièrement charismatique. La case « prison » et l'accession au pouvoir. En 1992, Laurent Gbagbo passe par la case « prison ». Ironie de l'Histoire, c'est Alassane Ouattara, alors Premier ministre, qui l'y envoie, après des manifestations étudiantes qu'il est accusé d'avoir organisées. Condamné à une peine de deux ans, il sera finalement libéré au bout de six mois. C'est en 2000 que Laurent Gbagbo devient président de la République de Côte d'Ivoire. Une accession au pouvoir qui ne s'est pas faite sans heurts : Alassane Ouattara et l'ancien président Bédié ont été exclus du scrutin, et son adversaire le général Robert Gueï a contesté les résultats. L'ancien opposant s'est donc vu contraint d'en appeler à la rue pour s'imposer ; la répression des manifestations fera 300 morts. Gbagbo qualifiera lui-même plus tard les circonstances de son arrivée à la présidence de « calamiteuses ». En septembre 2002, des rebelles tentent de renverser le régime de Gbagbo, qu'ils accusent de mépriser les ethnies du nord du pays. Un cessez-le-feu est finalement obtenu grâce à l'intervention de la force française Licorne. Laurent Gbagbo accepte, contraint et forcé, la formation d'un gouvernement comprenant l'opposition et les rebelles. Mais le pays est désormais coupé en deux. En 2007, les accords de Ouagadougou signés entre le camp présidentiel et les Forces nouvelles parviennent à ramener un calme précaire, et Guillaume Soro, le chef des rebelles, se voit confier le poste de chef de gouvernement. Le président Gbagbo, que l'on surnomme " le boulanger" pour son art de rouler ses adversaires dans la farine, profite de la crise larvée pour repousser d'année en année le scrutin présidentiel, prévu initialement en 2005, et qui ne sera finalement organisé qu'en 2010. Malgré le verdict des urnes (54,1 % des voix pour Alassane Ouattara au second tour), il refuse de céder sa place à son rival et ennemi juré. Quatre mois plus tard, c'est dans le sang que s'achève le mandat de celui qui, jadis, représentait l'espoir de démocratie de millions d'Ivoiriens. Clémence Mortier