Le Kenya promulgue sa Constitution en présence du président soudanais

Par La rédaction

NAIROBI (AFP)

La nouvelle Constitution kényane, marquant un tournant dans l'histoire du pays, a été promulguée vendredi à Nairobi, en présence du président soudanais Omar el-Béchir, poursuivi pour génocide au Darfour par la Cour pénale internationale (CPI).

Bien que le Kenya ait ratifié le statut de Rome, traité fondateur de la CPI, le président soudanais, sous le coup de deux mandats d'arrêt de la Cour, a été accueilli officiellement et accompagné sur les lieux de la cérémonie par le ministre kényan du Tourisme Najib Balala.

Omar el-Béchir dont le nom ne figurait pas sur la liste officielle des chefs d'Etat attendus, est apparu souriant et détendu, en serrant les mains de plusieurs dirigeants africains, selon un journaliste de l'AFP.

Au cours de la cérémonie marquée par une parade militaire devant des milliers de personnes au Parc Uhuru (Liberté), le président kényan Mwai Kibaki a formellement promulgué la nouvelle Constitution, approuvée par referendum le 4 août.

"Aujourd'hui c'est un grand jour (...).C'est le jour le plus important de l'histoire de notre nation depuis l'indépendance", a-t-il déclaré.

 "Moi, Mwai Kibaki, je déclare que la Constitution (...) entrera en vigueur le 27 août 2010", a-t-il ajouté, avant de prêter serment, de même que le Premier ministre Raila Odinga, son rival politique.

La nouvelle charte supprime le poste de Premier ministre et maintient un système présidentiel avec des contre-pouvoirs.Toutefois, MM.Kibaki et Odinga resteront en fonction jusqu'aux élections de 2012.

Les Kényans avaient voté le 4 août à une très large majorité (67,25%) en faveur de la nouvelle loi fondamentale censée renforcer la démocratie dans les institutions et engager une réforme foncière cruciale, tournant ainsi symboliquement la page des violences post-électorales de 2007-2008 qui ont fait près de 1.500 morts.

Le président kényan a salué, outre Omar el-Béchir, ses homologues rwandais Paul Kagame, ougandais Yoweri Museveni, comorien Ahmed Abdallah Sambi, ainsi que le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Jean Ping.

Abdelwahid Nour, chef de l'Armée/Mouvement de libération du Soudan (SLA/M), l'un des deux principaux groupes rebelles du Darfour, a demandé l'arrestation de M. Béchir.

L'ONG Human Rights Watch (HRW) avait aussi critiqué Nairobi vendredi matin: "Le Kenya va définitivement ternir les célébrations en l'honneur de sa Constitution attendue depuis si longtemps" en accueillant "un fugitif international à ces festivités", a déclaré Elise Keppler, responsable à HRW.

L'organisation de défense des droits de l'homme, basée à New York, avait appelé les autorités kényanes à "l'arrêter ou à l'empêcher d'entrer" dans le pays, observant que la ratification du statut de Rome "fait obligation aux Etats membres de coopérer avec la CPI et donc d'exécuter les mandats d'arrêt".

"Pire, accueillir Béchir remet en question l'engagement kényan à coopérer avec la CPI dans son enquête" sur les violences post-électorales au Kenya même, a ajouté HRW.

Nairobi s'était engagé en mai devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève à "coopérer pleinement" avec la CPI sur ces violences sur son territoire et à assurer la protection des témoins.

Après l'émission le 4 mars 2009 d'un premier mandat d'arrêt contre M. Béchir pour crimes de guerre et contre l'humanité au Darfour, région de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis sept ans (300.000 morts selon l'ONU, 10.000 d'après Khartoum), la CPI a ordonné le 12 juillet dernier qu'un second mandat d'arrêt, pour "génocide", soit délivré à l'encontre du président soudanais.

Celui-ci s'est depuis rendu au Tchad fin juillet.Khartoum qui a ratifié le statut de Rome, avait alors été vivement critiqué par l'Union européenne et les organisations de défense des droits de l'homme, pour ne pas avoir arrêté le président soudanais.

Le Tchad et le Kenya sont tous deux membres de l'Union africaine (UA) qui juge contre-productifs pour la paix au Darfour les mandats d'arrêt de la CPI contre Omar el-Béchir.

L'UA, lors du sommet à Kampala en juillet, avait réitéré l'appel à ses membres à ne pas arrêter Omar el-Béchir.