Le Nigeria entend diriger jusqu'au bout la force régionale contre Boko Haram

11 juin 2015 à 19h31 par La rédaction

Abuja (AFP)

Le nouveau président du Nigeria a affiché jeudi sa volonté de reprendre en main la lutte contre les islamistes de Boko Haram, réclamant le commandement de la future force régionale pour toute la durée de "l'effort de guerre".

L'urgence d'une réponse au défi islamiste a été rappelée par de nouveaux raids des insurgés: selon des habitants, 43 personnes ont péri mardi dans des attaques contre trois villages de l'Etat de Borno, dans le nord-est du Nigeria, épicentre des violences.

Le nouveau chef de l'Etat nigérian, Muhammadu Buhari, 72 ans, s'est donné pour priorité de venir à bout de Boko Haram mais, depuis son investiture le 29 mai, un regain de violences islamistes s'est soldé par la mort de plus de 150 personnes.

Lors d'un sommet jeudi à Abuja, M. Buhari n'a pas fait mystère de ses intentions devant ses homologues du Tchad, du Niger et du Bénin et le ministre camerounais de la Défense, les quatre autres pays contributeurs de la future force régionale, qui prendra le relais de la coalition à l'oeuvre depuis février.

Il s'est en effet opposé à l'idée d'un commandement tournant de la force tous les six mois entre les cinq pays. 

Un commandement unique améliorera "l'efficacité de la stratégie militaire, dans la mesure où le Nigeria va fournir le gros des troupes et où le principal théâtre des opérations se situe sur le sol nigérian", a-t-il insisté.

La Force d'intervention conjointe multinationale (MNJTF) doit être dotée de 8.700 militaires, policiers et civils, et son quartier général sera installé à N'Djamena, la capitale tchadienne. 

Il était déjà entendu qu'elle serait commandée à son lancement par un général nigérian, Tukur Buratai.

Pour le président nigérian, la lutte contre les insurgés de Boko Haram, qui ont fait plus de 15.000 morts depuis 2009, doit être vue dans le cadre de "la guerre globale contre la terreur".

"Le terrorisme n'a pas de frontières et ils doivent, en raison des conséquences considérables pour la paix et la sécurité dans la région et dans le monde, être vaincus", a-t-il alerté.

 

- Manque de coordination -

 

Sitôt investi, M. Buhari a ordonné le transfert du centre de commandement militaire nigérian d'Abuja à Maiduguri, la grande ville du nord-est du pays.

Il a aussi visité ses alliés au Tchad et au Niger.Puis il s'est rendu au G7 en Allemagne le week-end dernier pour demander plus de soutien.

Cet activisme contraste avec les années d'inaction sous son prédécesseur Goodluck Jonathan.

La création de la force régionale avait été décidée en mai 2014, après le rapt de plus de 200 lycéennes à Chibok, au Nigeria, qui avait choqué le monde entier.Elle aurait dû déjà être opérationnelle en novembre dernier, mais les mésententes entre le Nigeria anglophone et ses voisins francophones ont retardé sa mise en place.

La force a été relancée en janvier alors que Boko Haram menait des attaques quotidiennes dans le nord-est du Nigeria et contre les territoires frontaliers du Cameroun, du Niger et du Tchad.

Boko Haram a depuis fait allégeance, en mars, à l'organisation jihadiste Etat islamique (EI), qui contrôle un vaste territoire à cheval sur l'Irak et la Syrie.

Devant cette escalade, les pays de la région, Tchad en tête, sont intervenus militairement à partir de février, mais en ordre dispersé. 

Après les sérieux revers déjà subis par les insurgés, qui ont perdu nombre de localités dans le nord-est du Nigeria et sur les rives du lac Tchad, la MNJTF doit reprendre le flambeau.Mais sous une forme plus organisée, et avec le soutien de l'Union africaine.

Le Nigeria a promis 100 millions de dollars pour le "décollage" de la force, a indiqué M. Buhari jeudi, mais il a averti que le financement à long terme restait une "question majeure".

Quant au quartier général de la force, il coûtera quelque 30 millions de dollars (27 millions d'euros) durant les 12 prochains mois, selon Sanusi Imran Abdullahi, chef de la Commission du Bassin du lac Tchad.

Ce dernier a annoncé le lancement d'un "programme de développement d'urgence", d'un montant de 66 millions de dollars (plus de 58 millions d'euros) et d'une durée de 18 mois, pour les régions meurtries par les violences.

L'un des défis de la future force sera de parvenir à une coopération plus efficace entre les pays alliés.

Le Tchad et le Niger s'étaient plaints d'un manque de coordination avec l'armée nigériane, et d'avoir été empêchés de conduire des opérations en profondeur sur le territoire de leur grand voisin.