Le procès Moubarak a repris avec des témoignages sur la répression de la révolte

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP) - (AFP)

Le procès de l'ex-président égyptien Hosni Moubarak a repris lundi au Caire, avec l'audition de responsables de la police sur la répression meurtrière de la révolte du début de l'année, dans une atmosphère émaillée d'incidents dans la salle et à l'extérieur.

L'ancien chef d'Etat, accusé de meurtre et de corruption, a une nouvelle fois comparu allongé sur une civière, pour cette troisième audience de son procès qui a débuté le 3 août.

Agé de 83 ans, M. Moubarak souffrirait de problèmes cardiaques et de dépression, et des informations contradictoires ont circulé sur un éventuel cancer.

Contrairement aux deux précédentes, cette nouvelle audience qui se poursuivait en fin d'après-midi n'a pas été retransmise en direct à la télévision, qui a diffusé toutefois des images des abords du bâtiment et de l'arrivée de M. Moubarak dans une ambulance.

Des accrochages entre plusieurs dizaines de partisans et adversaires de l'ancien président se sont déroulés près du lieu du procès, avant l'arrivée de l'ancien chef d'Etat.

Les pro-Moubarak scandaient "Nous ne t'abandonnerons pas", tandis que ses adversaires lançaient "Châtiment, châtiment, on a tué nos enfants avec des balles".

Des heurts ont également eu lieu entre la police anti-émeutes et des membres de familles de victimes qui ont tenté de forcer l'entrée de l'école de police où siège le tribunal pénal chargé de juger M. Moubarak.

Une douzaine de personnes ont été légèrement blessées dans ces incidents, et la police a procédé à une vingtaine d'interpellations, selon l'agence officielle Mena.

Dans la salle l'ambiance a été aussi parfois houleuse, avec notamment une vive altercation avec des représentants des victimes après qu'un avocat de la défense eut brandi une photo de M. Moubarak.

Cette troisième audience cherchait à définir les responsabilités dans les meurtres de manifestants lors de la révolte de janvier/février qui l'a forcé à la démission le 11 février.

Le responsable des services de communication des forces anti-émeutes, Hussein Saïd Mursi, a déclaré à la barre qu'il avait entendu de gradés de la police mentionner l'usage d'armes automatiques contre les manifestants.

"J'ai entendu dire par des officiers que ces armes ont été utilisées", a-t-il ajouté.Mais il n'a pas fait état de responsabilité précise, affirmant ne pas être au courant d'instructions formelles d'ouvrir le feu.

D'autres responsables de la police devaient également être entendus pour chercher à savoir si l'ancien président était personnellement impliqué dans des ordres de faire feu sur la foule.

Une responsabilité de M. Moubarak, si elle est démontrée, pourrait être passible de la peine de mort.

La répression de la révolte a fait officiellement près de 850 morts au total.La grande majorité des violences est imputée à la police et aux hommes de main du parti présidentiel.

L'ancien président, également accusé d'enrichissement illégal, est jugé en même temps que ses deux fils Alaa et Gamal, ainsi que l'ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli.

Ce procès est suivi avec avidité par les Egyptiens, après des décennies marquées par l'impunité pour les dirigeants du pays.

M. Moubarak est le premier dirigeant renversé par les révoltes qui secouent le monde arabe depuis décembre à comparaître en personne devant la justice.

Le Tunisien Zine El Abidine Ben Ali, en exil en Arabie saoudite depuis son renversement en janvier, a été jugé par contumace à Tunis.Le Libyen Mouammar Kadhafi n'a pas encore été capturé.