Législatives aux Comores: un premier tour dans le calme

Par La rédaction

Moroni (AFP)

Les Comores, archipel tropical au passé politique agité, ont voté dimanche dans le calme au premier tour des législatives, un scrutin susceptible de déboucher sur une cohabitation si le candidat populiste musulman Ahmed Abdallah Sambi emporte la majorité.

La plupart des 718 bureaux de vote ont fermé à 18h00 locales (15h00 GMT) après une vote durant lequel "tout s'est bien passé sur les trois îles" comme pendant la campagne, selon les observateurs de l'Union africaine (UA). 

La participation était d'au moins 50%, selon la même source, et de 70% à Moroni la capitale, selon le ministère de l'Intérieur.

Alors que la circulation commençait à reprendre après le blocus routier imposé dans tout le pays toute la journée -- il fallait des laissez-passer pour circuler, le vote a été prolongé de deux heures à Moroni.

Sambi, l'homme au turban vert surnommé par des électeurs le "chiite" parce qu'il a fait une partie de ses études en Iran, a déjà été président de 2006 à 2011.Il vise à revenir au pouvoir en 2016.

Ses détracteurs l'accusent de jouer avec le feu dans un pays qui a connu des crises séparatistes que la rotation de chaque île à la présidence a permis d'apaiser.

"Il va complètement à l'envers de toutes les valeurs d'unité nationale et d'attachement à la Constitution", a accusé le vice-président et tout puissant ministre des Finances Mohamed Ali Soilihi, qui pourrait se présenter contre lui au poste de président.

L'esprit de la Constitution prévoit selon lui que le prochain président soit un natif de Grande Comore, ce qui exclut M. Sambi de la course car il est originaire d'Anjouan, autre île de l'archipel.

M. Soilihi s'est aussi inquiété de la majorité parlementaire dont il héritera à l'issue du second tour prévu le 22 février. 

"Si nous avons une majorité hostile à la politique de l'exécutif, on aura du mal à terminer le mandat dans des conditions normales", dit-il.

Les premières tendances sortiront dimanche soir et les résultats officiels provisoires sont attendus pour mardi ou mercredi.

 

- Des élections coûteuses -

 

Véritable baromètre avant la présidentielle, le vote s'est déroulé dans une ambiance dominicale villageoise joyeuse, bénéficiant de l'organisation la plus coûteuse de l'histoire des Comores.

A Mbeni, ville de parpaings gris et pierre de basalte de la Grande Comore (la plus grande île de l'archipel), les femmes en sari et les hommes en djellaba, coiffés du traditionnel kofia (un bonnet rond), ont repéré leur nom ou photo d'identité sur les listes électorales affichées sur le mur extérieur de leur bureau.

A l'intérieur, deux isoloirs les attendaient, l'un improvisé avec un rideau bleu tendu sur un fil et accroché par deux clous au mur.

Impassibles, une dizaine d'assesseurs regardaient assis sur des bancs de classe, un "manuel du membre du bureau de vote" en vue sur leur pupitre.Ils ont reçu en décembre deux jours de formation rémunéré.

Les électeurs devaient voter deux fois. Après avoir coché un bulletin pour choisir leur député, ils devaient élire leur conseiller à l'assemblée insulaire.Le 22 février, ils choisiront aussi leurs conseillers municipaux, élus pour la première fois élus au suffrage universel. 

"Tout le monde a les yeux rivés sur 2016, même nous", soulignait Moussine Barwane, enseignant encarté au parti Mouroua et dont le frère est dans un autre parti en tant que n°2 de l'ex-président Sambi.

Micro-Etat de la taille d'une ville moyenne française par le nombre de ses habitants, les Comores n'en revêtent pas moins une importance stratégique dans la lutte contre le terrorisme islamiste.

Quarante ans après l'indépendance de l'archipel de l'océan Indien, dont la France a conservé une île - le département de Mayotte -, la démocratie reste fragile et la population lasse d'une classe politique corrompue.

La pauvreté, aggravée par la pression démographique (près de cinq enfants par femme), est atténuée par l'argent des émigrés, nombreux en France (200.000 à 300.000) ou à Madagascar.Le paludisme a reculé, mais le niveau scolaire baisse aussi.

Le pays, encore souvent associé dans les mémoires au mercenaire français Bob Denard, est aujourd'hui à l'aube de possibles découvertes pétrolières offshore. 

Il a connu 20 coups d'Etat ou tentatives depuis l'indépendance en 1975, qui ont freiné le développement économique et social et fragilisé l'unité nationale et les institutions étatiques. La dernière tentative remonte à 2013.Un procès s'est ouvert jeudi.