Les frappes de l'ONU et de la France en Côte d'Ivoire divisent l'Afrique

7 avril 2011 à 6h45 par La rédaction

DAKAR (AFP)

Les frappes de l'ONU et de la France en Côte d'Ivoire divisent les Africains entre ceux qui y voient "une insulte au droit", et ceux estimant que c'était la seule solution pour "protéger les civils" pris au piège des combats entre les forces de Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara.

L'Afrique du Sud, qui depuis le début de la crise a eu des positions variables, passant du soutien à Alassane Ouattara, reconnu par la communauté internationale, à une compréhension vis-à-vis du président sortant Laurent Gbagbo, avant de revenir à sa position initiale, a exprimé ses réserves.

"Je ne me rappelle pas avoir donné un mandat à quiconque pour un bombardement aérien sur la Côte d'Ivoire", a déclaré la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Maite Nkoana-Mashabane."Nous ne soutenons pas nécessairement ce que nous n'avons pas voté", a-t-elle ajouté.

L'Afrique du Sud, membre non-permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, a voté le 30 mars la résolution apportant son "entier soutien" à la Mission de l'ONU en Côte d'Ivoire (Onuci) pour utiliser "toutes les mesures nécessaires" pour protéger les civils et empêcher l'utilisation d'armes lourdes contre eux.

Le président en exercice de l'Union africaine (UA), l'Equato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, a indiqué que si l'UA exerçait des "pressions" pour que Ouattara soit reconnu président, cela ne devait pas "impliquer une guerre, une intervention d'une armée étrangère".

L'Angola, soutien traditionnel de Laurent Gbagbo, a jugé qu'il était le président "élu constitutionnellement", bien que Luanda se soit rallié à la position de l'UA reconnaissant Ouattara.

"Nous nous rallions totalement derrière l'UA, mais nous pensons aussi que la Côte d'Ivoire devrait créer un gouvernement d'union nationale puisque Laurent Gbagbo a été élu constitutionnellement", a déclaré mercredi José-Maria Fernandes, porte-parole du ministère angolais des Affaires étrangères.Il a également critiqué l'intervention française aux côtés de l'Onuci.

Le gouvernement camerounais a affirmé que son pays est pour "la non-ingérence dans les affaires d'une nation".

"Licorne dégage.Onuci dégage !" s'est écrié Malick Ndiaye, universitaire sénégalais, au nom de la Coordination des intellectuels d'Afrique, basée à Dakar."On chercherait à dresser les Africains contre les Français qu'on ne s'y prendrait pas autrement.Quelle est cette France qui insulte le droit ?", s'est interrogé M. Ndiaye qui a remis une lettre protestant contre l'intervention à l'ambassadeur de France à Dakar.

Au Cameroun, un groupe d'hommes politiques ont lancé mardi sur internet une pétition contre "l'impérialisme mondial" en Côte d'Ivoire, dénonçant, à travers l'intervention de la France et de l'ONU, "une nouvelle guerre colonialiste".

Mais plusieurs pays africains approuvent l'intervention, au nom de la "protection des civils".

Le Nigeria, président de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (Cédéao) qui avait elle-même envisagé dès décembre une opération militaire en Côte d'Ivoire, soutient sans surprise cet engagement, "afin de protéger les civils innocents".

"L'ONU n'a fait que répondre à une demande de la Cédéao qui avait demandé à l'Onuci de s'impliquer plus pour la protection des civils en Côte d'Ivoire", a également estimé le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Madické Niang.

Selon le président gabonais Ali Bongo Ondimba, "c'est une opération qui a été acceptée par la communauté internationale puisque ce sont les Nations unies qui mènent la chose".

S'il n'a pas commenté la situation ivoirienne, le président rwandais Paul Kagamé, a soutenu l'intervention occidentale en Libye, affirmant ne pas comprendre "l'argument" des partisans de la non-intervention qui consiste à laisser un gouvernement "tuer son propre peuple", parce que c'est le sien. Le Rwanda a été victime en 1994 d'un génocide qui a tué au moins 800.000 personnes, en majorité Tutsi, sans que la communauté internationale n'intervienne.